De l’amour de la culture russe à la défense de l’Ukraine, la quête de vérité de Georges Nivat
Par Laure Mandeville Tostain, envoyée spéciale à Ésery (Haute-Savoie)
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ENTRETIEN - Bouleversé par l’invasion russe, le plus célèbre russisant d’Europe, qui vient de fêter ses 91 ans, a décidé de répondre à cette catastrophe en apprenant l’ukrainien et en traduisant le grand poète Vasyl Stus pour la première fois en français.
Passer la publicitéInstallé dans le bureau rempli de livres russes de son chalet alpin d’Ésery, en bordure de la Suisse genevoise, dont on aperçoit les massifs découpés sur le pastel du ciel, le grand russologue Georges Nivat déclame de sa belle voix profonde quelques vers du poète Vasyl Stus… en ukrainien. « Chemin destin, Chemin douleur/ Sur cette croix sans fin, sur cet effroi/ Vision sans fin d’un cri de mort/ Ukraine, accorde-moi chemin d’honneur. Ukraine, accorde-moi Visage sans peur », dit le poème. Écrite dans l’enfer minéral du goulag, de Perm-36 à la Kolyma, dans les années 1970 et 1980, la poésie de Stus, qui décrit le destin douloureux de ce poète et de la nation ukrainienne, martyrisée mais toujours combative et vivante, résonne d’une poignante actualité alors que la Russie poutinienne s’acharne à nouveau contre l’Ukraine, déversant au quotidien sur ses villes des milliers de drones tueurs.
Sur le front, tous les soldats lisent aujourd’hui Vasyl Stus, mort en 1985 d’une grève de la faim au camp…
