Bigflo et Oli chantent devant un tableau de Picasso au musée des Abattoirs de Toulouse
Par Charles Boutin
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VIDÉO - Les deux rappeurs toulousains ont interprété une chanson baptisée Picasso, issue de leur nouvel album Karma, devant La Dépouille du Minotaure en costume d’Arlequin, œuvre géante de 1936 de l’artiste espagnol.
Passer la publicité Passer la publicitéPeut-on toujours affirmer que le rap ne serait pas un art quand deux artistes du courant hip-hop chantent Picasso devant un immense tableau du Minotaure ? Le 21 mai, Bigflo et Oli ont dévoilé sur Youtube une vidéo dans laquelle ils interprètent, en live, pendant plus de cinq minutes, une nouvelle chanson dédiée au peintre fondateur du cubisme. Sans doute la chanson la plus séduisante de leur dernier album Karma, sorti en mars.
Devant La Dépouille du Minotaure en costume d’Arlequin, peint par Pablo Picasso entre mai et juillet 1936, ils prononcent ces mots, en français et en espagnol : « Je revois ton visage/Dans tes bras la vie d’un autre/Comme tableau de Picasso/Je mélange les images. » Une assonance qui dit beaucoup de l’exigence d’écriture des rappeurs.
Passer la publicitéLa vidéo, signée par le réalisateur Antoine Zago-Honnorat, met en scène les deux frères admirateurs du taureau espagnol dans une galerie du musée des Abattoirs de Toulouse, qui abrite une importante collection d’art contemporain et d’art moderne. Bigflo porte une veste moutarde, un jean baggy et des lunettes de soleil. Oli un pull en cachemire rouge au-dessus d’une chemise blanche et une casquette. Ils sont entourés de musiciens jouant de la basse, de la trompette, du trombone, des timbales, de la guitare rythmique ou encore du piano. L’un d’entre eux pratique le bombo, un instrument traditionnel d’Amérique latine, la région d’origine de Bigflo et Oli.
Bigflo et Oli - Picasso (2026)
Toute cette troupe se produit face à la toile géante de 8,3 mètres sur 13,25 mètres. Le peintre espagnol en avait fait cadeau au musée toulousain en 1965. Dessus apparaît le Minotaure, un monstre mi-homme mi-taureau, figure terrifiante de la mythologie grecque. Il est soutenu par un géant ailé à tête d’aigle évoquant la figure d’Horus, le dieu solaire égyptien. Plus loin se distingue un homme puissant et barbu qui montre les deux monstres du poing à un adolescent couronné de fleurs. L’idée du peintre, comparé toute sa carrière au Minotaure, était de montrer « l’opposition du bien et du mal, la victoire de la jeunesse, la beauté triomphante sur la mort menaçante ou encore la paix chassant la guerre », indique le livret de l’œuvre.
Le « musée imaginaire » d’Oli
Cet univers n’est pas étranger à Bigflo et Oli. L’an passé, le frère cadet, Olivio Ordonez à la ville, a exposé des biens de sa « collection personnelle » et des œuvres de grands peintres aux Abattoirs. Son « musée imaginaire » rassemblait notamment des créations d’Andy Warhol, César, Keith Haring, Pierre Soulages, JR, Bianca Bondi, ou encore Jacques Villeglé, Claude Nougaro et l’auteur de bande dessinée Zep. Le parcours a accueilli plus de 115 000 visiteurs entre décembre 2024 et mai 2025. Un succès hautement salué par la critique et par la direction du musée qui a intégré en novembre une œuvre de Oli dans les Collections Nationales d’Art Contemporain.
Avec le clip Picasso, les deux frères toulousains prouvent une nouvelle fois leur aptitude à fiancer des arts a priori de nature différente, dans des cadres rares. Ils n’hésitent pas à voyager autour du monde. Pour lancer leur disque Karma, un des meilleurs albums rap 2026 selon la critique, Bigflo et Oli ont tourné dans les hangars d’Airbus, ont gravi le Népal et ont investi une abbaye. Cette volonté esthétique, les rappeurs la gardent en concert. Ils mettent toujours l’accent sur la direction artistique. Les curieux attirés par ces minotaures du hip-hop pourront découvrir leur scénographie les 19 et 20 octobre à l’Accor Arena de Bercy.
