Le plafonnement des prix des carburants a coûté 200 millions d’euros à TotalEnergies, selon Patrick Pouyanné
Par Martin Hézode
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Auditionné par les députés de la commission des finances, le patron du géant pétrogazier tricolore a confié «avoir du mal à comprendre les critiques» formulées à l’égard «d’une contribution volontaire» que «personne ne demandait» au groupe.
Passer la publicité Passer la publicitéPlafonnement des prix du carburant, accusations de spéculation, marges, taxation des multinationales, détroit d’Ormuz, transition énergétique... Le PDG de TotalEnergies Patrick Pouyanné a été confronté ce mercredi matin au feu roulant des questions des députés. Auditionné par les parlementaires de la commission des finances, le patron du géant pétrogazier français s’est particulièrement épanché sur la stratégie de plafonnement des prix à la pompe adoptée par son groupe depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
Au total, le plafonnement des prix des carburants – 1,99 euro le litre d’essence, 2,09 puis 2,25 euros le litre de diesel – a coûté 200 millions d’euros au groupe tricolore depuis le début du conflit en Iran fin février, a confié son dirigeant. Une ristourne que TotalEnergies est «la seule compagnie pétrolière au monde» à avoir appliqué, s’est enorgueilli Patrick Pouyanné, qui a admis «avoir du mal à comprendre les critiques» formulées à l’égard «d’une contribution volontaire» que «personne ne demandait» au groupe pétrogazier.
Alors que les États-Unis et l’Iran viennent de conclure un accord mettant fin aux hostilités, la question du maintien du plafonnement des prix se pose désormais. Celui-ci reste en vigueur dans 2000 stations-service en France, a indiqué Patrick Pouyanné, principalement situées en zone rurale, où les coûts logistiques empêchent de répercuter intégralement la baisse des cours du pétrole.
En attendant, le PDG de TotalEnergies a assuré que le groupe «[répliquerait] à la baisse de façon fidèle les prix du carburant à mesure que les cours du pétrole baisseront». Il a toutefois écarté un retour immédiat à 1,70 euro le litre, soit le niveau observé avant le conflit au Moyen-Orient : «Au début de la crise, le coût d’approvisionnement était de 1,65 euro. Aujourd’hui il est à 1,85, il y a une différence de 20 centimes. Donc, on ne peut pas dire qu’on va être à 1,70 euro tout de suite. On le sera au fur et à mesure que la crise va se résorber.»
Encore huit pétroliers de TotalEnergies dans le détroit d’Ormuz
L’argumentaire n’a toutefois pas eu l’air de convaincre les parlementaires de gauche, selon lesquels la hausse de 51% du bénéfice de TotalEnergies au premier trimestre 2026 aurait dû conduire le groupe à contribuer davantage. Via un blocage des prix à 1,70 euro le litre, comme l’a suggéré l’élu Insoumis Éric Coquerel ? Patrick Pouyanné a répondu qu’il n’était «pas favorable à l’encadrement par l’administration des prix et des marges». Et une contribution fiscale exceptionnelle ? Le dirigeant a affirmé que cela forcerait le groupe à revenir sur le plafonnement. «Si le Parlement s’orientait vers une taxation supplémentaire, nous en tirerons les leçons», a-t-il menacé.
Patrick Pouyanné a également été interrogé sur l’opération de trading, réalisée en mars, qui a permis au groupe d’engranger un milliard de dollars de bénéfices en «anticipant» le blocage du détroit d’Ormuz via l’achat massif de cargaisons de pétrole dans les jours précédant l’éclatement du conflit. Le patron de TotalEnergies s’est défendu des accusations de «spéculation», les qualifiant de «fable» et affirmant que les traders de l’entreprise «étaient encadrés par des limites de risque pour équilibrer leur portefeuille».
S’agissant de la situation dans le détroit d’Ormuz, si trois pétroliers affiliés au groupe sont parvenus à quitter la zone durant le conflit, huit de ses navires demeurent stationnés dans les ports de la région. «Pour les ramener, nous attendons de savoir si la paix est vraiment là», a expliqué Patrick Pouyanné. Par ailleurs, l’une des raffineries du groupe située en Arabie saoudite «ne fonctionne qu’à 70% de sa capacité» après avoir été la cible de trois attaques de drones, a-t-il fait savoir. Selon le PDG de TotalEnergies, elle ne pourra retrouver un rythme de production normal qu’au terme d’une période «de six mois à un an». Autant de signaux qui laissent penser que les marchés pétroliers ne se stabiliseront pas dans l’immédiat.
