Aux îles Marquises, l’Aranui, un navire au cœur battant du Festival des arts et de la culture
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REPORTAGE - Tous les deux ans, à la mi-décembre, le Matavaa célèbre la culture ancestrale de cet archipel de la Polynésie française. Un unique bateau relie Tahiti à ces îles et permet d’y assister. Nous sommes montés à bord.
Passer la publicité Passer la publicitéLa petite île d’Ua Huka, 700 habitants, d’ordinaire si paisible, est en pleine ébullition. Depuis lundi et jusqu’au 19 décembre, c’est elle qui accueille le Matavaa o Te Henua Ènana (« Éveil culturel de la Terre des hommes »), le nom officiel du Festival des arts et de la culture des îles Marquises, qui a lieu tous les deux ans, à la mi-décembre. Un an que la population des trois villages est mobilisée par les préparatifs de cette grande fête communautaire qui se tient à tour de rôle sur chacune des six îles habitées des Marquises.
À 1 500 km au nord-est de Tahiti, cet archipel joue une partition à part. Géologiquement plus récent que les autres îles de Polynésie française, il présente un cadre naturel et une identité culturelle bien distincts. Les lagons ? Ne les cherchez pas, il n’y en a pas. Ces îles du bout du monde se distinguent par leur physionomie brute.
Passer la publicitéRelief volcanique
Leur relief volcanique égrène des pics acérés, des vallées encaissées, une végétation indomptée et des falaises battues par la houle du Pacifique. Les infrastructures touristiques sont limitées : à peine deux (petits) hôtels et quelques pensions de famille.
Séjours de nos partenaires
Culturellement, les Marquises se démarquent par leurs traditions, leurs légendes, leur artisanat, leurs sites archéologiques et leur langue. Une singularité reconnue par l’Unesco, avec l’inscription au Patrimoine mondial en 2024. Le Matavaa, créé en 1987, est la pierre angulaire de cet écosystème culturel, dont il exprime la vitalité à travers des danses, des chants, des démonstrations artisanales et culinaires, et des sessions de tatouage. Plus de 2 000 participants, regroupés en six délégations (une pour chaque île), sont arrivés par bateau à Ua Huka pour ces quatre jours. Un défi logistique majeur pour cette toute petite île. « Pour loger les festivaliers, nous avons aménagé les écoles et les salles paroissiales en dortoirs et mis à contribution les familles », souligne Nestor Ohu, le maire de la commune d’Ua-Huka.
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L’objectif premier du Matavaa est de rassembler le peuple marquisien autour de sa culture, longtemps restée dans l’oubli après l’arrivée des missionnaires européens. Une démarche engagée, à rebours de tout folklore. « C’est un festival pour les Marquisiens par les Marquisiens, un temps fort dans la vie de l’archipel », précise Debora Kimitete, l’une des têtes pensantes du comité organisateur.
« L’enjeu est identitaire. On se retrouve entre nous pour échanger, partager et transmettre. Notre culture, nous la vivons comme un lien entre les générations, pas comme un produit d’appel pour les touristes ou un spectacle calibré pour les tour-opérateurs ». Voilà qui est dit. De fait, rien n’est spécifiquement prévu pour les visiteurs, lesquels doivent s’organiser par leurs propres moyens s’ils veulent se rendre sur place, se loger (mission quasi impossible) et se familiariser avec le déroulé des festivités, pas toujours facile à décrypter pour les non-initiés.
Rotation spéciale pour le festival
En réalité, la majeure partie du public « extérieur » est composée des croisiéristes de l’Aranui. Depuis plus de quarante ans, ce cargo mixte de 126 mètres de long, qui transporte à la fois du fret et des passagers, est le cordon ombilical entre Tahiti et les Marquises, à raison de 19 traversées annuelles au départ de Papeete. Pour l’édition 2025 du festival, une rotation spéciale a été programmée, afin de permettre aux passagers de profiter pleinement de l’événement et de vivre de l’intérieur les festivités, l’espace d’une journée, sans avoir à se préoccuper de questions logistiques. Après avoir débarqué sur Ua Huka le matin, les passagers sont acheminés sur le site du festival, une vaste esplanade gazonnée entourée de gradins et d’imposantes sculptures de pierre, dans un secteur isolé de l’île, avec l’océan Pacifique en toile de fond.
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Passer la publicitéUn décor sauvage, presque cinématographique, qui téléporte les visiteurs dans une autre époque, celle des Marquises d’avant la colonisation. Vient le moment tant attendu : une troupe d’une centaine de danseurs et danseuses, parés de magnifiques tatouages et vêtus d’un costume traditionnel en matériaux végétaux et d’ornements en os sculpté, fait irruption sur scène et entame un haka (danse) au son des énormes pahu (tambours hauts de 2 mètres). Un frisson parcourt l’assistance, hypnotisée par l’énergie vitale qui se dégage de cette représentation toute en puissance. Signature de l’identité marquisienne, le haka est une chorégraphie qui se décline en plusieurs tableaux. Chacun raconte des scènes de la vie des clans avant l’arrivée des Européens : la guerre, l’amour, la chasse…
Majestueuse danse de l’Oiseau (Haka Manu)
« Il y a une vibration viscérale, presque sacrée, dans le haka », décode Jacques Iakopo-Pelleau, membre de l’Académie marquisienne, qui a suivi tous les Matavaa depuis l’origine. Très impressionnant, le Haka Mahaù, la danse du Cochon, honore cet animal totémique des légendes polynésiennes. Avec une voix de poitrine, les danseurs aux allures de guerrier émettent des grognements rauques qui évoquent ceux du suidé tout en mimant le comportement de l’animal (copulation, quête de nourriture…).
Danser le Haka Manu est un honneur, car c’est un héritage que l’on me lègue et que je transmets. Sur scène, je ressens une connexion avec mes ancêtres, ils m’accompagnent
Sai-Ne, 19 ans
Autre séquence marquante, la majestueuse danse de l’Oiseau (Haka Manu), qui s’inspire des mouvements des oiseaux insulaires, considérés comme des messagers des dieux ou des ancêtres. Les danseurs et danseuses imitent le vol, la parade et la grâce de l’oiseau, dans un jeu très sensuel et expressif qui associe le haut du corps, les jambes et le regard. Source Sai-Ne, 19 ans, l’une des meilleures danseuses de l’archipel, présente à Ua Huka, brûle d’impatience d’entrer en scène. « Mon grand-père m’a initiée à la danse marquisienne quand j’avais 10 ans. Depuis, j’ai toujours voulu porter l’identité de mon peuple. Danser le Haka Manu est un honneur, car c’est un héritage que l’on me lègue et que je transmets. Sur scène, je ressens une connexion avec mes ancêtres, ils m’accompagnent, c’est une énergie qui traverse tout mon corps et mon âme », livre-t-elle, le visage traversé par l’émotion.
Festin communautaire
Les danses s’interrompent à l’heure du déjeuner. Place au kaikai, un festin communautaire préparé dans la plus pure tradition marquisienne, auquel sont conviés les croisiéristes de l’Aranui, les festivaliers et la population de l’île. Dans une joyeuse cacophonie, on déguste avec les doigts les spécialités culinaires locales (cochon, poisson, chèvre, crustacés, féculents et tubercules) cuites à l’étouffée et accompagnées de lait de coco, servies dans des feuilles de bananier. En parallèle, des stands exposent de l’artisanat local. Pour les visiteurs, c’est l’occasion d’acheter des créations de très belle qualité. Les sculpteurs marquisiens, considérés comme les meilleurs d’Océanie, réalisent des tiki (statuettes anthropomorphes), des plats, des herminettes, des casse-tête, et travaillent aussi bien le bois, la pierre volcanique que l’os. On trouve également des parures (colliers, bracelets, boucles d’oreilles), du monoï local et les célèbres tapa (écorces battues et décorées de motifs traditionnels), très recherchés. On peut même repartir avec un souvenir indélébile en se faisant tatouer sur place. Une chance, tant le savoir-faire et le talent des tatoueurs marquisiens sont reconnus dans tout le Pacifique.
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Après cette journée hors du temps, les passagers retournent à bord, ravis d’avoir vécu une expérience unique dans un cadre extraordinaire. L’Aranui continue sa tournée des îles Marquises, puis vogue vers Makatea, dans les Tuamotu, et Bora-Bora, avant de revenir à Papeete, son port d’attache. Prenez date. Prochain rendez-vous dans deux ans.
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Carnet de route
PRÉPARER SA CROISIÈRE
La découverte des Marquises à bord de l’Aranui, cargo mixte, transportant à la fois des marchandises et des passagers, constitue l’une des prestations les plus originales de Polynésie. Après avoir quitté Papeete, l’Aranui fait escale dans un atoll dans les Tuamotu, puis touche les six îles habitées des Marquises (Nuku Hiva, Ua Pou, Ua Huka, Tahuata, Hiva Oa, Fatu Hiva), et, au retour, Rangiroa ou Makatea, ainsi que Bora Bora. Ce navire a gardé sa vocation initiale de ravitaillement régulier de l’archipel. L’avant ressemble à un cargo, avec des grues à tourelles et des cales remplies de marchandises.
L’arrière évoque celui d’un paquebot, avec des cabines, des ponts, une piscine, une salle de gym, un « sun-deck », un restaurant, un bar, un petit salon-bibliothèque et une salle vidéo. Les visites à terre se déroulent pendant que les matelots transbordent le fret. Des conférenciers à bord apportent des éclairages culturels. À chaque édition du festival Matavaa, l’itinéraire est adapté pour que les passagers puissent assister aux représentations pendant une journée. Les réservations sont ouvertes pour la prochaine édition sur l’île de Hiva Oa en décembre 2027. Il est conseillé de s’y prendre au moins un an à l’avance.
Compter à partir de 5 052 € par personne en cabine double pour 12 jours / 11 nuits au départ de Papeete. Aranui.com
Y ALLER
Avec Air Tahiti Nui, jusqu’à 7 vols hebdomadaires entre Paris et Papeete dans un Boeing 787-9 Dreamliner qui compte trois classes de voyage, la Poerava Business, avec siège inclinable à plat, la Moana Economy, et la Manava Premium, entièrement repensée depuis octobre 2025. Lors des formalités de transit à Los Angeles, les passagers passent par un poste de contrôle dédié.
À partir de 1 500 € A/R en classe éco. Airtahitinui.com
À LIRE
Tahiti et la Polynésie française, guide Lonely Planet, Jean-Bernard Carillet, 10e édition tout juste parue, 25,50 €.
