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Depuis Kyoto, voyage dans le temps à la découverte du Japon de l'ère Edo

Par  Aimie Eliot

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Le quartier historique d'Imaicho constitue le plus vaste ensemble architectural urbain préservé du Japon. Mitsu Shunpei

En 250 ans, l'ère Edo a contribué à façonner le patrimoine japonais tel qu'on le connaît aujourd'hui. Proches de Kyoto, Nara et Imaicho en offrent un échantillon confidentiel et préservé.

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Les arts, l'architecture ou encore les savoirs techniques : dans bien des domaines, le Japon moderne porte les marques de la période Edo (1603-1865), longue période de stabilité et de prospérité sous le règne des shoguns Tokugawa qui court sur plus de 250 ans. À courte distance de Kyoto, Nara et Imaicho constituent de paisibles étapes loin de la foule, idéales pour s'imprégner de ce riche passé qui a contribué à forger le Japon d'aujourd'hui.

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Nara

Se glisser dans la peau d'un marchand de Nara-machi

La machiya traditionnelle est uniquement éclairée par le puits de lumière du jardin extérieur. Mitsu Shunpei
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Devant l'imposant temple Todai-ji qui abrite le Grand Bouddha, déambulent les daims sacrés de Nara. L'image d'Épinal de l'ancienne capitale du Japon attire les visiteurs qui n'y passeront que quelques heures, lors d'une escapade depuis Kyoto. Pourtant, la ville mérite qu'on s'y attarde. Au sud-ouest du parc de Nara, où l'exploration se limite trop souvent, s'étend sur un kilomètre à peine un quartier hors du temps : celui des marchands de Nara-machi, qui prospèrent sous l'ère Edo. C'est à pied que s'admirent les très photogéniques machiya, maisons de ville traditionnelles à structure de bois brun, d'où jaillissent de temps à autre les épaisses ramures d'un kaki.

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Pour en découvrir l'intérieur, on s'offrira une nuit dans l'une de celles rénovées par les architectes du cabinet Fujioka. Père et fils ont restauré cinq machiya laissées à l'abandon, dissimulées dans une petite impasse. Inquiets de voir disparaître leur patrimoine - « chaque mois, une machiya est détruite », se désole Shunpei Fujioka - les deux architectes ont redonné aux demeures devenues maisons d'hôtes leur splendeur d'antan. L'espace de vie à l'esthétique épurée, que de légères cloisons coulissantes rendent modulables, invite à la contemplation. Le jardin s'observe lui depuis le furo, baignoire en cyprès dont l'odeur citronnée imprègne les lieux. Au petit matin, la lumière s'infiltre par la cour intérieure. Devant la large fenêtre, l'érable flamboyant s'admire entre deux gorgées de thé fumant. Il ne reste plus qu'à dresser la table : un petit déjeuner de poisson grillé, riz brun et légumes fermentés savouré dans le confort d'un chez-soi éphémère.

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  • S'y rendre

Le quartier de Naramachi se situe au sud de la station Kintetsu Nara ; on peut aussi s'y rendre à pied depuis la gare JR de Nara (environ 20 minutes de marche).

Maisons d'hôtes Machiyado Kiderano-ie, 779 Kiideracho, Nara.
À partir de 170 euros par personne, petit-déjeuner inclus.

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Dîner d'un bento sur une route de pèlerinage millénaire

Le bento du restaurant Hanishin s'inspire des boîtes repas proposées aux pèlerins qui empruntaient l'artère Kamitsumichi pour se rendre au sanctuaire d'Ise. Mitsu Shunpei

L'artère que borde l'auberge Harishin n'a rien de banal : traversant la plaine de Nara, elle est l'une des plus grandes routes de pèlerinage, qu'on foule depuis plus de 1400 ans pour se rendre, depuis Kyoto, jusqu'au sanctuaire shinto d'Ise, le plus important du Japon. Afin de rendre hommage à l'histoire locale, le chef a imaginé le bento du chemin Kamitsumichi, en référence aux boîtes repas que les pèlerins, jadis, s'arrêtaient acheter en ville avant de poursuivre leur route. Dans la boîte en laque compartimentée se découvrent des douceurs locales qu'on déguste dans la salle en tatamis du restaurant, profitant de la chaleur du brasier aménagé au centre de la table. Riz aux haricots noirs, condiments à base de kaki – la spécialité de la ville –, tofu et tempuras de légumes de saison composent le dîner. En guise de dessert, un surprenant fromage à pâte dure, à la texture proche d'un parmesan âgé : le so, dont la recette aurait été héritée d'Asie centrale et introduite à Nara via la route de la soie au VIIIe siècle, est un mets raffiné jadis réservé à la noblesse, dont la production reste encore aujourd'hui rare au Japon.

  • S'y rendre

Restaurant Harishin, 15 Nakanoshinyacho, Nara. Menu « Kamitsumichi Bento », env. 25 euros.

Imaicho

Visiter une brasserie de sauce soja dans la ville marchande d'Imaicho

La famille Tsuneoka produit de la sauce soja de père et fils depuis quatre générations. Mitsu Shunpei

Située à moins d'une heure de la ville de Nara, Imaicho constitue une excursion idéale pour la journée. Son quartier historique est un véritable musée d'architecture à ciel ouvert. Et pour cause, avec ses 500 maisons datant de la période Edo, elle abrite le plus vaste ensemble architectural urbain préservé au Japon, et séduit aujourd'hui les réalisateurs qui viennent y tourner des drames historiques. La riche résidence de la famille Kometani, avec son élégant toit de tuiles anthracite, incarne le style de la période : son étroite façade (coutume adoptée pour éviter de payer des impôts calculés selon sa largeur), s'ouvre sur de longues pièces débouchant sur des cours arborées, pour une esthétique du clair-obscur propre à l'architecture japonaise. D'autres bâtisses abritent des manufactures. Parmi elles, des brasseries de soja. La famille Tsuneoka produit le condiment clé de la cuisine japonaise, fabriqué sur place depuis plus de 200 ans. Dans l'arrière-boutique, une table est dressée pour la dégustation tandis qu'une petite porte ouvre sur la brasserie. Là, trônent d'impressionnants tonneaux en cèdre – « il est aujourd'hui impossible d'en trouver de si gros et de telle qualité, car plus personne n'en fabrique », fait remarquer le brasseur Shinichiro Tsuneoka tout en mélangeant l'épais mélange brun, d'où s'échappent d'intenses effluves fermentés. Une fois filtrée, la sauce accompagnera à merveille le gibier, recommande l'artisan.

  • S'y rendre
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Brasserie Kashihara, 3-2-34 Imaicho, Kamahara-shi, Nara.
Visite et dégustation sur demande.

Manier le katana, tel un samouraï

Le katana s'admire une fois poli à l'aide d'une poudre légèrement abrasive, destinée à faire briller l'acier. Mitsu Shunpei

À une quinzaine de kilomètres au sud d'Imaicho, la petite ville de Tenri, cernée de rizières, abrite un trésor : la forge de l'un des derniers fabricants de katanas, le fameux sabre des samouraïs, la classe guerrière constituant l'élite durant l'ère Edo. Peuplant autrefois les alentours de l'ancienne capitale, les forgerons de katanas seraient aujourd'hui moins de 200 dans tout le pays à faire perdurer ce savoir-faire qui se développe au Japon dès les premiers siècles de notre ère. Futsuno Masataka ne descend pas d'une famille de forgerons. « Le destin », se plaît-il à dire, l'a fait devenir maître, après plusieurs années d'apprentissage chez un artisan des environs, qui lui a transmis les secrets du feu. Dans son atelier, il réalise sur mesure des épées qu'on lui commande pour des cadeaux ou pour marquer un événement. « Le descendant d'une famille de samouraïs m'a récemment demandé de lui en fabriquer une », raconte-t-il avant de disparaître à l'étage de son domicile, qui jouxte son atelier. Il y a aménagé un petit espace d'exposition, où il exhibe fièrement sa collection ; parmi ses épées, le katana qu'il vient de confectionner pour son jeune fils. Soigneusement poli, le métal précieux – du tamahagane, un type d'acier qu'on ne trouve qu'au Japon – brille de mille feux. Pour mieux l'apprécier, il faut légèrement faire danser le katana. Sous la lumière, de fines vagues se dessinent sur la lame : elles sont la signature du forgeron.

  • S'y rendre

Forge Futsuno masataka, 16 Odana-cho, Tenri-chi, Nara.
Env. 200 euros pour une visite-démonstration (2 personnes). Réservation à effectuer auprès du Centre des visiteurs de Nara.

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5 commentaires
  • Hérétique

    le

    La seule voie à apprendre l'esprit et le mode de la vie des Japonais c'est de manger à la japonaise et de s'entraîner à l'art de "Voie de sabre" = katana no mitchi.

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