«Fatalement, de la souffrance» : faut-il visiter les cafés animaliers au Japon quand on aime les animaux ?
Par Laura Dinane
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Chats, cochons, hiboux ou capybaras… Les bars à animaux japonais promettent une rencontre inoubliable avec nos amis à poils, plumes ou écailles. Mais faut-il y aller ?
Passer la publicité Passer la publicité«J’aurais dû me douter que ce genre d’endroit posait problème», confie Laura Jourdain, community manager de retour d’un séjour de trois semaines au Japon. Partie intégrante du paysage urbain local, les cafés animaliers sont des lieux où l’on peut consommer boissons et snacks tout en interagissant avec des animaux. Si les bars à chats, les premiers du genre, restent les plus répandus, de nombreux établissements proposent désormais de côtoyer des espèces plus exotiques : hiboux, reptiles, hérissons, loutres ou encore cochons nains.
Et si la tentation est grande pour les voyageurs avides de «mignonnerie» ou de clichés «instagrammables», la réalité est souvent moins reluisante. Loin de leurs habitats naturels et soumis à des rotations incessantes de visiteurs, ces animaux alimentent «un spectacle commercial, rappelle Muriel Arnal, présidente de l’association One Voice, au Figaro. C’est une exploitation des animaux avec, fatalement, de la souffrance, parce que c’est de la captivité».
«J’ai honte d’avoir participé à ce cauchemar»
@laura_jourdain Mon exprience honnte au Mipig CafeJe regrette profondment dy tre alle. Sur les rseaux, on voit pleins de contenus vendant lexprience comme un incontournable et quelque chose dhyper cute. Mais la ralit nest pas l. larrive, on te fait signer une dcharge, on texplique quil faut rester immobile, que les cochons viennent deux-mmes, quon ne doit pas les forcer. Sur papier, je trouvais a cool. Mais ce quon a vu sur place, ctait trs diffrent. Les cochons sont rveills en permanence, dplacs non-stop, et certains criaient. Pas des petits bruits mignons. De vrais cris. Certains ttaient encore dans le vide, bavaient, taient puiss, mais malgr a, chaque arrive de nouveau client le personnel les rveillait et les plaait sur les genoux des gens. Comme si ctait des peluches. Et l, javoue, jai eu un gros malaise. Moi jen avais plusieurs qui taient venus naturellement, mais on me les a retirs un par un parce que dautres clients navaient pas encore eu leur moment mignon. Lespace est minuscule, trs lumineux, les seuls endroits confortables pour eux, cest littralement nos jambes. Et ce qui ma le plus drange, cest ce flux constant de gens. a rentre, a sort toutes les 15 minutes, et les cochons sont forcs de suivre ce rythme non-stop. Ils nont aucun moment de repos. Et tu te demandes pourquoi on lit autant de bons avis ? Ils offrent des rductions contre des avis positifs et des follows sur les rseaux. Sil vous plat, ne faites pas cette erreur, passez votre chemin pour tous les cafs animaux (chouettes, Capybara, loutres, hrissons) Ne soutenez pas un business qui ne prends pas rellement en compte le bien-tre animal #mipigcafe #tokyo #japon #mipigcafe
son original - Lolo| Food & Voyages
«Une fois installé, l’expérience est plutôt triste, on est dans une pièce de quelques mètres carrés où, toutes les 30 minutes, des clients arrivent», explique un certain Giovanni dans une vidéo TikTok après sa visite au Capybara cafe à Tokyo. «Il ne faut pas oublier que ce sont des animaux semi-aquatiques et là, il n’y a même pas un semblant d’environnement avec de la verdure, ne serait qu’un point d’eau ou la lumière du jour», rapporte le jeune homme. Un sentiment largement partagé sur les réseaux sociaux : photos de cages trop étroites, animaux amorphes, manque de stimulation… Autant de témoignages qui décrivent un environnement loin des besoins biologiques des espèces présentées.
Séjours de nos partenaires
Laura Jourdain, qui a testé le Mipig Café, dresse le même constat. «À l’arrivée, on signe une décharge dans laquelle on nous explique que les cochons viendront d’eux-mêmes, qu’il faut rester immobile et ne pas les forcer… Sur le papier, ça semble encadré. Mais en réalité, c’était tout l’inverse. Les cochons sont réveillés en permanence, déplacés sans arrêt - certains criaient, bavaient, d’autres tétaient dans le vide, épuisés. À chaque nouveau client, le personnel les réveillait pour offrir un moment mignon à quelqu’un d’autre. L’espace était minuscule, très lumineux, et nos jambes servaient d’unique refuge confortable».
Une zone grise réglementaire
Dans un rapport publié en octobre, WWF Japon alerte sur les lacunes du cadre actuel encadrant ces structures, à l’issue d’une enquête menée dans plusieurs établissements de la région de Tokyo. L’organisation souligne que ces lieux ne sont soumis qu’aux dispositions générales de la loi japonaise sur la protection et la gestion des animaux, un cadre jugé insuffisant face à la multiplication des établissements proposant des interactions directes avec des espèces non domestiques.
L’ONG constate que la gestion du bien-être animal repose largement sur l’autorégulation des exploitants, sans normes précises ni obligations fondées sur des critères scientifiques et pointe notamment l’absence de règles claires concernant la limitation des contacts avec le public, les temps de repos, ou la possibilité pour les animaux de se soustraire aux interactions.
Un flou réglementaire qui se ressent sur le terrain. Olivier Habert, retraité, dénonce des pratiques inadaptées aux besoins des animaux à la suite d’une visite dans un bar à hiboux au cours de son séjour : «Animaux diurnes, enchaînés en plein jour dans une fausse forêt à moitié en plastique… J’ai honte d’avoir participé à ce cauchemar».
Passer la publicité60 % d’espèces soumises à des restrictions commerciales internationales
Alors que 64 % des établissements accueillent plusieurs espèces, 15 % des animaux présents figurent sur la Liste rouge de l’UICN, tandis que 64 % sont protégés par la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) selon l’enquête. Un risque sérieux pour la faune, la sécurité des visiteurs, d’autant plus que 92 % des cafés proposent des interactions avec des animaux considérés comme très dangereux d’après le rapport. Seule une minorité informe correctement les visiteurs sur les risques et les méthodes de contact, et moins de la moitié affiche les panneaux obligatoires imposés par la loi.
Les risques sanitaires sont également préoccupants : des bactéries pathogènes comme E. coli entérohémorragique (16 %), Salmonella (8 %) et des bactéries résistantes aux médicaments (28 %) ont été détectées dans plusieurs établissements. «Actuellement, le système repose largement sur le respect volontaire des règles d’hygiène par les clients et les employés, et aucun système de gestion des risques de maladies infectieuses fondé sur des données scientifiques n’a été pleinement mis en place», note l’ONG dans ses conclusions.
Vers une réglementation plus stricte ?
WWF Japon appelle à une révision des cadres réglementaires pour mieux encadrer ces établissements, notamment via des normes plus strictes de surveillance, des obligations de traçabilité des animaux et un renforcement des protocoles sanitaires. L’objectif étant de sortir ces établissements de la zone grise où ils évoluent et de garantir qu’ils respectent les besoins fondamentaux des animaux sauvages qu’ils mettent en scène.
Pour les amis des bêtes, mieux vaut donc opter pour les bars à chats, où les compagnons domestiques se prêtent volontiers aux caresses. Certains de ces établissements vont même plus loin en proposant l’adoption de leurs pensionnaires. Ne reste plus qu’à choisir votre futur compagnon !
