Sans permis, mais pas sans confort : ces bateaux à louer font un carton auprès des Français
Par Laura Dinane
à vos sources préférées
- Lire dans l’app
-
Nouvelle fonctionnalité !
Avec votre compte, vous pouvez désormais sauvegarder des articles pour les lire plus tard sur tous vos appareils.
Sauvegarder un article
Pour sauvegarder un article vous devez être connecté, vous pourrez ainsi les consulter sur tous vos appareils.
-
Lien copié
DÉCRYPTAGE - Du canal du Midi aux fleuves bourguignons, la plaisance locative sans permis s’impose comme un micro-marché dynamique. La demande progresse, dopée par une offre premium et une diversification des formats de séjour.
Passer la publicité Passer la publicitéSur les 8 500 km de voies navigables qui font de la France le plus vaste réseau fluvial d’Europe (devant les Pays‑Bas), le marché de la location de bateaux sans permis reste très actif, «avec un peu plus de 1 300 unités qui sillonnent son réseau chaque année» indique Ségolène Vanpouille, responsable tourisme chez Voies navigables de France (VNF). Portée par un imaginaire de «van life» sur l’eau et une montée en gamme continue de l’offre, cette plaisance locative, encore micro-marché, réinvente le tourisme motorisé… à 8 km/h.
«Nous observons clairement une forte croissance de la demande, à la fois sur les devis, les brochures et les ventes. C’est un produit complètement dans l’air du temps», explique Anne-Fleur Noual, directrice marketing et digital du groupe Locaboat, qui s’apprête à fusionner ses marques Nicols et Locaboat sous une nouvelle bannière, Riverly. En coulisses, le marché se structure autour de quelques grands acteurs qui modernisent à marche forcée l’image du bateau sans permis.
Passer la publicitéSi la flotte totale a reculé de 14 % entre 2018 et 2024, «probablement sous l’effet de la crise sanitaire», la plaisance locative reste une niche portée par un très haut niveau de satisfaction et un rajeunissement marqué : les moins de 30 ans représentent désormais 29 % des passagers et 41 % des groupes embarquent au moins un enfant ou un adolescent. Pour Ségolène Vanpouille, «le Covid a donné l’opportunité aux clientèles domestiques de découvrir une offre qu’elles connaissaient peu ; elles y trouvent un produit tout-en-un - transport, hébergement, activités - qui permet vraiment de se déconnecter et de vivre les territoires».
Des «maisons flottantes»
«On est sur de véritables villas qui flottent», insiste Nicolas Cargou, cofondateur de la plateforme SamBoat, qui propose, pour le compte de différents propriétaires, plus de 500 bateaux fluviaux en France à la location. Une montée en gamme incarnée par de vraies maisons flottantes : cabines avec salle de bains, cuisine équipée, climatisation, grandes baies vitrées, terrasses et parfois même jacuzzi. Fort de 550 bateaux dont 400 en France, «avec d’un côté les Pénichettes, petites péniches familiales, et de l’autre des bateaux qui ressemblent davantage à des vedettes ou des petits yachts», Nicols et Locaboat déclinent même cette montée en gamme avec une flotte 100 % sans permis : aucune licence de navigation n’est requise tant que les bateaux ne dépassent pas 15 mètres de longueur. «Il suffit d’avoir 18 ans», rappelle Anne-Fleur Noual : chaque départ est précédé d’une formation d’1 h 30 sur le fonctionnement du bateau, les manœuvres, l’amarrage ou les écluses, avant un tour accompagné puis la remise des clés.
Une simplicité d’accès qui alimente une véritable «van life» fluviale : les clients naviguent deux à trois heures par jour, puis s’arrêtent pour un marché, une balade à vélo sur les itinéraires longeant les canaux, une randonnée, une visite de cave ou une partie de pêche. «On est à la fois le mode de transport, l’hébergement et les activités, c’est une forme d’aventure douce qui coche toutes les cases du slow tourisme», résume Ségolène Vanpouille.
Arriver par bateau, c’est arriver directement au cœur de la ville
Anne-Fleur Noual, directrice marketing et digital du groupe Locaboat
Anne-Fleur Noual prédit un avenir radieux pour ce type de villégiature : «Nous sommes en train de vivre une petite révolution. Les gens recherchent de plus en plus l’impression d’être seuls au milieu de la nature». Le fluvial permet une approche différente des territoires : «arriver par bateau, c’est arriver directement au cœur de la ville, souvent avec la cathédrale ou le centre historique à quelques mètres», précise Anne-Fleur Noual.
Du côté de la location à la journée ou à l’heure, notamment sur de petites unités électriques autour de Paris, Nantes ou sur des lacs du Sud-Ouest, la démocratisation est tout aussi visible. «On voit une explosion de toutes les bases estivales de bateaux sans permis, avec des réservations souvent en last minute dès qu’un rayon de soleil apparaît», note Nicolas Cargou.
Un produit «premium mais accessible»
Dans un contexte inflationniste, la plaisance locative reste un produit «premium mais accessible». Pour une semaine à quatre personnes, les prix démarrent autour de 1 800 € chez Riverly, hors promotions, soit un ordre de grandeur comparable à un séjour en camping haut de gamme, avec l’avantage d’un hébergement privé et mobile. Sur SamBoat, Nicolas Cargou évoque des paniers moyens situés entre 2 000 et 4 000 €, voire davantage pour des croisières plus longues, tout en rappelant qu’«une fois le budget partagé, ces vacances ne pèsent pas tant que ça sur le portefeuille».
Un tarif qui ne semble pas freiner la demande avec l’émergence de séjours plus courts - week-ends de deux à trois nuits, formats «one way» où l’on embarque à un point A pour débarquer à un point B - qui permettent d’insérer l’expérience fluviale dans un itinéraire plus large, au même titre qu’une nuit en cabane dans les arbres.
La saisonnalité, enfin, se rééquilibre : si la haute saison reste centrée sur l’été, VNF observe de bons taux de réservation sur les ailes de saison, en avril-mai et septembre-octobre, portés notamment par une clientèle étrangère moins contrainte par les vacances scolaires et en quête de températures plus douces et de moindre affluence.
Le canal du Midi, épicentre du tourisme fluvial hexagonal
Au cœur de cette géographie fluviale, le canal du Midi - long de 240 kilomètres entre Toulouse et Sète - concentre près de la moitié de la flotte et 53 % des retombées économiques de la filière sur le bassin Aquitaine-Occitanie. «C’est la première destination en France pour la plaisance locative», confirme Ségolène Vanpouille, qui souligne la forte concentration d’activité entre le Midi, le canal du Rhône à Sète vers la Camargue, la Bourgogne et l’Alsace.
Les opérateurs y multiplient les bases - Locaboat/Riverly en compte sept sur l’axe canal du Midi-Camargue - et adaptent leurs offres aux nouveaux usages : courts séjours, itinéraires en aller simple, partenariats avec des loueurs de vélos ou des prestataires d’activités pour enrichir les escales. Sur ce linéaire particulièrement touristique, l’expérience fluviale se combine à un maillage très dense de véloroutes : «90 % du réseau navigable français se situe à moins de 5 km d’un itinéraire cyclable», un atout que VNF met en avant pour faire de la France l’une des premières destinations de tourisme à vélo à l’horizon 2030.
