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Le temps d’une croisière, le Laos au fil de l’eau

Par  Bérénice Debras

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Long de 4 000 km, le Mékong traverse la Chine, la Birmanie, la Thaïlande, le Laos, le Cambodge et le Vietnam. felixhug/Getty Images/RooM RF

REPORTAGE - Une virée sur le Mékong est une parenthèse hors du temps au milieu de paysages d’estampe et de forêts denses. Le pays au «million d’éléphants» vu en miroir dans les eaux de son fleuve.

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L’Amant n’a pas résisté et s’est glissé dans notre sac de voyage. On le sort timidement à bord du Sabaidee Pandaw, un élégant bateau en tek, affrété par Rivages du Monde. L’Indochine de Marguerite Duras n’est plus mais le Mékong est toujours aussi lascif. Il fait chaud sur le pont. Bercé par les eaux, nous glissons dans la lenteur et l’épaisseur du temps. Langueur et nostalgie nous prennent sans crier gare. La capitale du Laos, Vientiane, est derrière nous avec ses temples et son insolite Arc de Triomphe. Nous remontons maintenant vers l’ancienne cité royale de Luang Prabang sur la «mère des eaux». Nourri des neiges himalayennes, le Mékong coule sur plus de 4 000 km, traversant la Chine, la Birmanie, la Thaïlande, le Laos, le Cambodge et le Vietnam. Une véritable épopée sujette à ses humeurs parfois dévastatrices.

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Sur ses rives, de rares villages assoupis se lovent dans la végétation luxuriante. À mille lieues des bruits du monde, ils déroulent une simplicité presque oubliée: terre battue, maisons sur pilotis au toit de chaume ou de tôle, poules et cochons en liberté… Les Lao Lums, Khamus et Hmongs (trois ethnies minoritaires parmi les cinquante du pays) qui les habitent ont la sagesse de la nature, vivant avec elle et de ses ressources. Hommes et femmes ont le regard fatigué de la pêche ou du travail de la terre (rizière, récolte du latex des hévéas…) mais, au fond de l’œil, subsiste toujours un éclat de gaieté. Le sourire, vrai et généreux, n’est jamais loin comme les rires en cascade des écoliers.

Paysages d’estampe

Un coucher de soleil sur le Mékong. Langueur et nostalgie nous prennent sans crier gare. Bérénice Debras

Dans ce décor pauvre et hors du temps, le moindre téléphone portable semble anachronique. Les villageois ont pourtant sauté à pied joint dans ce nouveau siècle connecté sans passer par le téléphone fixe. Alors une jeune fille en habit traditionnel prend la pose, multipliant les selfies comme toutes les adolescentes du monde... La modernité serait-elle à un clic? Dans le petit port de Pak Lai, ancienne ville coloniale, changement d’ambiance. Ça grouille de monde, d’agitation et de voitures. Ce jour-là, la fête foraine offre ses auto-tamponneuses et ses manèges au milieu de masques géants, temples aux toits rouges et stupas dorés. Le soir venu, le fleuve lave un 4x4 flambant neuf, des légumes et des hommes.

Le rideau de la nuit tombe soudain. Les criquets entament leur chant comme un seul homme. La nuit est douce - comme les précédentes dans ce lit douillet. Les persiennes laissent passer un filet d’air derrière la moustiquaire. Le lendemain, le jour se lève dans des laisses de fumée, l’odeur du brûlis et de bouses de vaches… Nous repartons dans la brume et la poésie des paysages d’estampes. Sur les berges, des silhouettes de chiens semblent danser comme des ombres chinoises devant la jungle infinie et dense.

» En images, le Laos au fil de l’eau

Le Laos au fil de l’eau

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Nous approchons de Xayaburi, un barrage et une centrale hydroélectrique en fonction depuis l’an dernier, surgissant des eaux tel un monstre de béton. L’écluse est vertigineuse. Odeurs de ciment, sentiment de claustrophobie. À peine de l’autre côté, le capitaine jette par-dessus bord des offrandes, riz gluant et bougies, aux esprits. «C’est pour le voyage» dit-il. Le barrage aurait-il compliqué la navigation? Il ne répondra pas mais son silence parle pour lui. Dans ce pays comptant parmi les plus fermés et répressifs de la région, le sujet des barrages est aussi tabou que la politique. Les deux vont de pair. Rêvant de devenir la «batterie de l’Asie du Sud-Est», le Laos en oublierait presque les conséquences sur l’homme et l’environnement. La multiplication à grande échelle des barrages sur le Mékong chamboule les cycles naturels. La pêche est déjà touchée. Elle pourrait perdre entre 40 à 80% de poissons d’ici 2040 si rien ne change, selon une étude de 2018 de la Mekong River Commission.

Buffles et papillons

Débarquement pour les chutes de Kuangsi au milieu de la forêt tropicale. Gonzalo Azumendi/Getty Images
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Le bateau continue. Des buffles s’abreuvent sur les rives du fleuve, des éléphants prennent leur bain avec leurs cornacs. Débarquement pour les chutes de Kuangsi au milieu de la forêt tropicale. Les oiseaux, ici, sont surtout les touristes venus en grappe piquer une tête dans cette cascade de 50 mètres de haut. Elle coule ensuite dans des bassins naturels aux eaux turquoise. Juste à côté, d’autres couleurs se révèlent sur les ailes des papillons de la ferme de lépidoptères. Instant magique.

Enfin, voilà Luang Prabang et sa trentaine de temples (dont Wat Mai et Wat Xieng Thong) distillant leur sérénité au travers la ville. Classée au patrimoine mondial de l’Unesco en 1995, elle semble s’étirer paresseusement entre les rives du Mékong et la rivière Nam Kham. C’est donc au ralenti, en prenant son temps, qu’il faut parcourir ses rues bordées de maisons coloniales où fleurissent cafés branchés et boutiques artisanales. L’ancien palais royal, d’abord. Il abrite le Phra Bang, un bouddha à l’or fin. Oublions les questions délicates, les guides, dit-on, sont encore surveillés. Le rouleau communiste du parti unique veille au grain depuis la révolution de 1975. La royauté est un autre sujet sensible.

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Il faudra monter jusqu’au Mont Phousi au chemin bordé d’arbres à l’horizontale. Là-haut, un marchand vend des couples d’oiseaux en cage. Les amoureux les relâchent en liberté. On entend la rumeur d’une école, les rires des novices un peu plus bas… Un massage? Un bon prétexte pour découvrir le spa et le jardin de l’hôtel Sofitel dans l’ancienne prison brillamment convertie. En profiter pour visiter le centre d’artisanat Ock Pop Tok basé sur les principes du commerce équitable et de sauvegarde des techniques artisanales.

Moment de grâce

À Luang Prabang, lors du Takbat, moines et novices viennent faire l’aumône de nourriture. Bérénice Debras

Mais Luang Prabang se découvre surtout dans l’or du matin et le silence cotonneux. Lors du Takbat, moines et novices viennent faire l’aumône de nourriture - leur seul moyen de subsistance. Alors, c’est une file indienne couleur safran qui traverse le centre-ville, tête tondue et pieds nus, regards baissés et sans bruit. Les habitants, sagement assis ou agenouillés, leur servent du riz gluant dans leur bol. On donne, on reçoit en toute humilité. Moment de grâce. Hélas, à cet acte de partage spirituel, certains touristes préfèrent voler des images dans l’irrespect total. Tant et si bien que certains moines ont quitté la ville pour rejoindre des monastères plus calmes. La cérémonie terminée, il faudra se promener dans la fraîcheur matinale, le long du fleuve dans les jardins de décrue.

« Le son du Mékong? C’est le bruit des vagues représentant la puissance du fleuve. » Passer la publicité

Peut-être y croisera-t-on la jeune et pétillante ethno-musicienne Marie-Pierre Lissoir, plongée dans un livre au bord de l’eau. Commissaire d’exposition et chercheur, elle travaille au TAEC, un petit musée ethnologique visant à valoriser les minorités du pays dans leur tradition et leur vie contemporaine. Elle y a monté l’exposition Voices of the Wind présentant les instruments à vent des minorités. «Au Laos, la musique sert de divertissement et de communication, comme partout, mais elle fait aussi partie de rituels. Certains instruments permettent d’aider à rentrer en transe ou d’appeler les esprits et de guider l’âme des morts.» Les esprits, justement, seront l’objet de sa prochaine exposition à partir de septembre.

Une question nous brûle les lèvres. Quel est le son du Mékong? «C’est le bruit des vagues représentant la puissance du fleuve. Mais les vagues, c’est aussi le bateau du pêcheur qui vient de passer et qui sous-entend toute la vie autour du fleuve», dit-elle. Il est temps de partir, de rejoindre le bateau et de laisser le Mékong nous chanter la vie.


Carnet pratique

Y ALLER

À bord du Champa Pandaw, un navire en tek doté de 14 cabines. Rivages du monde

Rivages du Monde propose la croisière au Laos «Découverte du Triangle d’Or, de Luang Prabang et de Vientiane» de 14 jours/11 nuits à bord du R/V Champa Pandaw (similaire au R/V Sabaidee Pandaw), un navire en tek conçu en 2016 de 14 cabines, charmantes et confortables. Il compte un espace commun (bar-restaurant et coin repos) à l’extérieur et un autre à l’intérieur. Équipage au petit soin. Arrivée sur Chiang Rai (Thaïlande) et retour depuis Vientiane (Laos) - ou vice versa. À partir de 4 490 € par pers. (base double) incluant le vol international, la pension complète, les boissons à bord (non alcoolisées), les excursions avec un guide francophone. Départs jusqu’en avril 2020.

Tél.: 01 58 36 08 36.

À LIRE

Laos, Mirages de la tranquillité, Bruno Philip, Collection L’âme des peuples.

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Le temps d’une croisière, le Laos au fil de l’eau

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7 commentaires
  • ANDRE TONNERRE

    le

    Magnifique pays, un voyage inoubliable.

  • gnafron001

    le

    Le Laos... un pays étonnant visité en février 2013.
    J'aurais aimé que soient suggérées :
    - les chutes de Khon Papheng
    - l'île de khong
    - Champassak
    - That Ing Hang
    - les grottes de Konglor
    - Ventiane et ses croissants "à la française"
    - Les grottes sacrées de Pakou (en amont de Luang Prabang)

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