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⇱ American Dream à la française : ces vignerons venus d’outre-Atlantique à la conquête du vignoble


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American Dream à la française : ces vignerons venus d’outre-Atlantique à la conquête du vignoble

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Quels sont ces Américains qui débarquent en France pour conquérir le vignoble ? Filipe Frazao / gustavofrazao - stock.adobe.com

On croit le rêve américain orienté vers l’ouest. Il arrive pourtant que la promesse change de rive, avec des Américains traversant l’Atlantique dans l’autre sens, non pour conquérir notre vignoble mais pour s’y fondre, avec une longueur d’avance, mais non sans choc des cultures.

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Longtemps, c’est l’Amérique qui regardait la France par-dessus l’épaule, lui empruntant ses cépages, et jusqu’à ses châteaux. Plus rarement, le sens du désir s’est inversé, avec des vignerons ayant grandi en plein cœur de New York ou dans les mornes plaines du Midwest. Ce qu’ils viennent y chercher, en revanche, a changé du tout au tout d’une génération à l’autre. Ce fut d’abord la Bourgogne qui aura été la terre d’élection fantasmée des premiers outsiders, au début des années 1990. Parmi eux, Alex Gambal, qui abandonne Washington pour Beaune en 1993, et s’y taille une maison de négoce très respectée dans la profession, ou Blair Pethel, ancien journaliste politique prenant la tête du domaine Dublère.

Ils auront prouvé qu’un étranger pouvait s’imposer au sein d’une région où le simple fait d’être né dans une commune voisine fait de vous un potentiel intrus, ou du moins celui qui «n’est pas du coin». L’un comme l’autre, pourtant, auront fini par rendre les armes – Gambal cédant sa maison à Boisset en 2019, Pethel se retirant après sa 16e vendange.

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L’audace pour seul héritage

La vague la plus juste se situe aujourd’hui ailleurs, et ne doit rien aux deux premières. Elle est venue ces dernières années par goût du geste, forgé par une soif d’entreprendre, et, presque toujours, par la porte étroite du vin nature et des appellations que l’on néglige. En Provence, Stephen Roberts a laissé derrière lui une carrière internationale pour le domaine de la famille de son mari, à Ramatuelle, qu’il a fait passer en biodynamie, et converti aux codes de l’œnotourisme haut de gamme à l’américaine, jusqu’à devenir l’un des lieux les plus désirables de la baie, à quelques kilomètres de l’effervescence de Saint-Tropez.

Le chai de Fondugues Pradugues, en Provence. HerveFabrePhotos

Là encore, l’avantage naît d’un regard neuf posé sur un sol ancien. «J’ai la chance d’être associé à une famille très franco-française : l’héritage est là, mais côté viticulture, pas de celui de la vinification», précise-t-il. La vigne lui était donnée, le reste, il l’a inventé. Pour sa cave, il a fait traverser l’Atlantique à l’architecte Juan Carlos Fernandes, signataire de Cade, première cave durable de Californie : «Notre projet était de nous inspirer des caves en développement durable de la Napa, et d’apporter cette dimension à la Provence». Avec elle, une idée de l’accueil que la région ne pratiquait guère : «L’esprit comptait au moins autant que le vin. Je voulais mettre les gens dans les vignes, qu’ils ressentent et vivent le lieu». Hospitalité et management horizontal hérités de ses premiers patrons californiens, savoir-faire français en cave : «Je veux prendre le meilleur des deux mondes, même si je me sens aujourd’hui très Français», plaisante-t-il.

S’installer sans héritage ni patrimoine est devenu impossible pour un jeune. C’est pour cela que le vignoble français est dévoré par les grands groupes, seule façon de régler la transmission.

Stephen Roberts, vigneron américain en Provence

Le revers, lui, fut administratif, et brutal. «Ces lourdeurs m’ont démoralisé ; je n’avais jamais rien vécu de tel. On se demande parfois si l’on ne cherche pas à freiner l’ambition de ceux qui veulent faire bouger les choses». De son poste d’observation d’étranger, il diagnostique un mal que les locaux subissent en silence : «S’installer sans héritage ni patrimoine est devenu impossible pour un jeune. C’est pour cela que le vignoble français est dévoré par les grands groupes, seule façon de régler la transmission. Aux États-Unis, tout est beaucoup plus cadré». Reste cette ironie qui dit tout du système : classé en vin de France, il a brigué l’IGP avant de se rétracter. «On m’a répondu que ce n’était pas “typique” – alors que c’était plus typique que si j’avais employé des levures chimiques». Chez lui, l’audace consiste à se montrer plus fidèle au terroir que l’appellation censée le défendre.

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Plus au nord, dans les crus du Beaujolais, Michele Smith-Chapel évoque ce même esprit de liberté, par un autre chemin. Cheffe sommelière dans deux trois-étoiles new-yorkais, elle suit David Chapel – fils du légendaire chef Alain Chapel – jusqu’à ces collines « discrètes et calmes » où elle apprend tout à la fois : conduire, cuisiner, parler français, et devenir vigneronne : « Goûter et faire le vin, ce n’est pas la même chose, sourit-elle. J’apprends tous les jours ». Mais là encore, l’étrangère détient un atout que l’enfant du pays ignore : « C’était un choix d’être vigneron, de nous installer dans le Beaujolais, et nulle part ailleurs. Pour ceux qui sont nés ici, ça peut être davantage subi ». À cette liberté s’ajoute une véritable discipline – « Nos parcours dans les trois-étoiles nous ont donné une vraie rigueur de travail ; cela finit toujours par payer » – et une volonté d’avancer là où la région s’enlise : « Nous ne faisons pas des vins typiques d’ici, et nous voulons faire bouger une appellation au potentiel énorme, qui souffre encore d’une mauvaise image ».

Reste qu’elle garde quelques réserves à l’endroit du mythe. Si « l’esprit américain permet de s’adapter plus facilement », c’est aussi affaire de cadre : « Aux États-Unis, la loi est plus simple : si vous voulez faire quelque chose, vous le faites ». Ce rêve français, elle le regarde sans lunettes roses : « Les Américains ont une vision très romantique de la France ; la vérité, c’est que le Beaujolais n’a pas la moitié des ressources, financières et techniques, des vignobles des États-Unis ». Le coup d’avance n’est donc pas un don du ciel : c’est ce qu’on ose lorsque l’on n’a ni filet, ni de dette envers le passé. « Nous ne serons jamais riches, conclut-elle, mais c’est une autre richesse ».

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Le poids de l’héritage

Jon Purcell, lui, vinifie en Bourgogne des blancs nature que nul soufre ne corsète. Né à San Diego, biberonné aux vieux bourgognes de la cave paternelle, il débarque à Beaune en 2012, se forme chez Pacalet et Montille, lance Vin Noé en 2017 puis reprend, à Saint-Aubin et Puligny, les parcelles d’un vigneron bio partant à la retraite. Mais c’est ailleurs que se loge sa force : dans l’absence de pesanteur. « Je n’ai pas le poids de l’héritage, confie-t-il. J’ai envie de faire des choses à ma sauce, je me permets une plus grande liberté ». Là où le « fils de » répète les gestes hérités, l’Américain n’a rien à perpétuer, et se défend moins d’oser. Cette audace, à l’heure du réchauffement, vire à la longueur d’avance. « Avoir travaillé sous des climats beaucoup plus chauds, ça me permet de m’adapter plus facilement, jusqu’en cave », glisse-t-il.

Le paradoxe est savoureux : c’est l’étranger, affranchi des certitudes locales, qui paraît le mieux armé pour le bouleversement que la Bourgogne, elle, subit. Purcell se décrit volontiers comme « une créature hybride, vigneron bourguignon et vigneron américain », et ne masque pas le revers plus cauchemardesque du rêve, qu’il accepte sans amertume : « Ce n’est pas aussi facile qu’on le croit ; administrativement, c’est très compliqué. Et socialement, même bien intégré à Beaune, je n’en ferai jamais vraiment partie ». Il sait pourtant que, sans être certain de rester en Bourgogne, c’est bel et bien en France qu’il passera le reste de sa vie.

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3 commentaires
  • helios mcIntyre

    le

    ''il a fait traverser l’Atlantique à l’architecte Juan Carlos Fernandes, signataire de Cade, première cave durable de Californie : «Notre projet était de nous inspirer des caves en développement durable de la Napa, et d’apporter cette dimension à la Provence».''...aucun intérêt.

  • Gorrekear29

    le

    S’il n’y avait que dans ce secteur d’activité que les normes et lois font peser un poids économique et une lourdeur administrative plus que contraignantes ce serait malheureux mais compréhensible du fait de l’histoire et de la place occupée par certains grands noms mais en réalité cela se retrouve dans l’ensemble des activités professionnelles, ce qui plombe leur rentabilité et en précipite beaucoup vers la faillite.

  • Al Goritme

    le

    C est voulu par la politique américaine. Limiter l'importation de vin et spiritueux français pour mettre en difficultés les vignerons puis racheter les vignobles à vil prix.

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