Résistants, oubliés ou hybrides : pourquoi certains vignerons replantent des cépages totalement inconnus
Floréal, artaban, solaris, souvignier... Ces variétés de raisins, loin des mondialisés merlot ou chardonnay, font l’objet d’un intérêt croissant des vignerons français. Et ce, pour une multitude des raisons.
Passer la publicité Passer la publicitéPour s’adapter au changement climatique et à l’évolution du goût des consommateurs, réduire les intrants et la sensibilité aux maladies ou à la sécheresse, les cépages sont un outil de choix. Ce qui remet à l’honneur des cépages anciens, et booste la recherche sur les nouvelles variétés. Si une poignée de cépages domine la production mondiale, quelques régions viticoles valorisent des cépages typiquement voire exclusivement locaux. Comme les vignobles du Sud-Ouest qui glorifient le loin de l’œil et le prunelard à Gaillac, l’arrufiac en Pacherenc-du-Vic-Bilh, le petit courbu en Jurançon, le fer servadou ou le saint-côme en Aveyron…
Parfois abandonnés car peu productifs ou à maturité aléatoire, certains cépages oubliés se révèlent résilients et en phase avec les envies de vins frais et légers. À Saint-Mont, le bien nommé tardif, qui bénéficie de la recherche en ampélographie menée par la coopérative Plaimont, arrive désormais à maturité : identifié sur une parcelle en 2000, le tardif, à la saveur poivrée intéressante, a été inscrit au catalogue officiel en 2017, introduit dans l’AOC en 2021 comme variété à fin d’adaptation, puis en 2024 comme cépage accessoire. Même belle renaissance pour le bouysselet, endémique du Frontonnais, redécouvert en 2008 au domaine La Colombière : longtemps disparu, il porte aujourd’hui les espoirs d’une AOC Fronton en blanc.
Passer la publicité«3 traitements contre 15 pour les cépages traditionnels»
Le Bordelais renoue aussi avec ses cépages ancestraux. Au château de Cazebonne, Jean-Baptiste Duquesne en a recensé plus de 50 et replante peu à peu du mancin, du castets, du saint-macaire, ou du bouchalès, auparavant jugé trop acide, qui sont assemblés dans la cuvée Cépages d’antan. Dans le Médoc, Richard Barraud mise sur la carménère, autre cépage historique à maturation tardive. En Saintonge, le domaine Abel Lorton cultive 8 cépages dont 5 ancestraux sur 23 micro-parcelles : le baroque blanc, le balzac noir, la counoise, le chauché, et le crouchen. Chez Drappier en Champagne, c’est le fromenteau, cépage très répandu dans l’Aube avant le phylloxéra, qui est remis à l’honneur dans une cuvée «Trop m’en faut» mono-cépage.
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Allier qualités organoleptiques et résistance naturelle aux maladies – oïdium, mildiou – est l’enjeu des variétes hybrides, nées du croisement entre vitis vinifera, mère des grands cépages européens, et des espèces plus rustiques, notamment américaines. L’idée n’est pas nouvelle : le baco, toujours utilisé dans l’Armagnac, a été créé en 1898 et les «cépages bouquet», issus de vitis vinifera et vitis rotundifolio, ont été mis au point dans les années 70 par le chercheur montpelliérain Alain Bouquet. Mais elle connaît un fort regain d’intérêt face aux restrictions sur les produits phytosanitaires et aux aléas climatiques.
Les cépages ResDur, inventés par l’INRAE et l’IFV, portent ainsi un ou plusieurs gènes de résistance aux maladies. Les plantations se multiplient, notamment en Languedoc. La coopérative Foncalieu a lancé dès 2019 la cuvée NU.VO.TE à base d’artaban. Les Ateliers d’Exea (Corbières) proposent un souvignier gris en rosé et un muscaris en blanc tandis que les néovignerons Pierre & Antonin célèbrent les résistants – «3 traitements contre 15 pour les cépages traditionnels» - avec leurs cuvées «Petit Sauvage» à base de souvignier gris et cabernet cortis. Mickael Raynal au domaine de Revel et Roman Tournier sont, au nord-est de Toulouse, deux autres pionniers de ces cépages aussi appelés «piwi» (de l’allemand Pilzwiderstandsfähig : capable de résister aux champignons). Et dans la montagne basque, les Bordelais du château Couronneau en ont aussi planté 3 hectares. Le 14 février, 14 nouvelles variétés de plants de vignes ont été autorisées en France dont 11 variétés, 6 ResDur et 5 Bouquet, résistantes. L’avenir de la vigne passe aussi par les cépages.
