«Nous avons dû faire machine arrière» : le renoncement au bio, ce tabou qui ronge le vignoble français
Conviction écologique, poids économique, sols fragilisés par le cuivre, récoltes sacrifiées sur plusieurs millésimes : être vigneron bio en France n’a jamais été aussi difficile. Enquête sur les paradoxes d’une viticulture à la croisée des chemins, que certains décident d’abandonner.
Passer la publicité«Nous avons fait vingt-deux traitements pour rien. Et nous avons tout perdu». Sébastien Redde, du domaine Michel Redde et Fils à Pouilly-sur-Loire, fait partie de ces vignerons qui ont été contraints de jeter l’éponge. En 2024, après quatre ans de conversion engagée avec conviction et l’obtention du label, l’un des millésimes les plus terribles de la décennie frappe l’intégralité de la région, avec un bilan catastrophique : vingt-deux passages de tracteur dans les vignes. Du cuivre lessivé par la pluie avant même d’avoir pu agir. Une récolte décimée à 90%. «Nous avons réagi pour protéger ce qui restait, car le mildiou commençait à attaquer les rameaux. Mais cette année-là, nous avons tout vendu au négoce et avons décidé de sauter le millésime.» Il n’est pas seul. En 2020, une vague de domaines ligériens et bordelais avait engagé leur conversion, obtenu leurs certifications en 2023, et décroché en 2024. Partout, le même scénario, et la même question, que Sébastien Redde pose avec une franchise désarmante : «Est-ce que ce n’est pas mieux de sortir du bio ?».
