La lettre du Figaro Histoire du 16 juin 2026
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LETTRE EXCLUSIVE - L’actualité historique par Geoffroy Caillet et Isabelle Schmitz.
Passer la publicité Passer la publicitéAvec cette lettre, retrouvez une semaine sur deux l’actualité du Figaro Histoire et du Figaro Hors-Série. Des récits, reportages et points de vue, mais aussi tout ce que l’histoire nous inspire pour éclairer le présent.
Chers lecteurs,
Passer la publicitéLe 4 juillet 1776, les treize colonies britanniques d’Amérique du Nord adoptaient la Déclaration d’indépendance par laquelle elles proclamaient leur souveraineté. Les États-Unis étaient nés. C’est à cet événement majeur de l’histoire occidentale, dont on fête cette année les 250 ans, que Le Figaro Histoire consacre le dossier de son nouveau numéro. Remontant aux sources de la révolution américaine, André Kaspi ouvre le bal en montrant notamment comment une série de révoltes fiscales mena en une décennie aux premiers affrontements. De Saratoga à Yorktown en passant par Chesapeake, c’est ensuite Bertrand Van Ruymbeke qui raconte les principaux tournants de cette guerre entre frères ennemis, en soulignant l’appui décisif que la France de Louis XVI apporta aux insurgés.
L’événement est généralement considéré comme marquant l’An I de la liberté moderne. Comme le remarque Michel De Jaeghere dans son éditorial : «L’Amérique a su, en vertu de ses principes, allier la liberté à une puissance sans pareille, ouvrir au monde entier ses frontières et accéder au premier rang sans cesser d’être elle-même : comment ne la tiendrait-on pas pour un modèle ?» Mais le directeur du Figaro Histoire note également : «Cela ne va pas pourtant sans quelques équivoques, quelques malentendus. L’un tient aux conditions très particulières de la naissance de la nation américaine, qui rendent illusoire l’enthousiasme avec lequel nous prétendons nous aligner sur elle : une terre vierge (ou appelée à le devenir par la liquidation des autochtones) colonisée par des immigrants auxquels la communauté de destin tiendrait lieu de mœurs communes, et qui avaient eux-mêmes bénéficié du patrimoine intellectuel et matériel hérité de sociétés formées par les principes auxquels ils avaient décidé de tourner le dos. Elles rendent aléatoire la transposition du modèle dans un continent sillonné de frontières forgées par une longue histoire.»
Guillaume Perrault a consacré le dernier numéro de «Parlez-moi d’Histoire», sur Le Figaro TV, à la naissance des États-Unis. André Kaspi, professeur émérite d’histoire à la Sorbonne et auteur de Les Américains, et Yves-Marie Péréon, historien, professeur à Assas-Paris II et auteur de Washington, le premier des Américains, ont retracé cette épopée hors norme, dont les protagonistes s’appelaient, outre Washington, Jefferson, Franklin ou La Fayette.
REGARDER "PARLEZ-MOI D'HISTOIRE"
Le triomphe de Gaudí
À l’occasion de la sortie de son numéro «Gaudí, le soleil de Barcelone», Le Figaro Hors-Série organisait lundi 8 juin une soirée en hommage à Antoni Gaudí, le génial architecte, mort il y a 100 ans. Pour se plonger dans le sujet, les « Castellers de Paris», ces acrobates aux costumes bleus et blancs, plongèrent instantanément les spectateurs dans l’une des grandes traditions catalanes : les « castells », ces tours humaines, où les corps s’arc-boutent, se tendent et se dressent vers les hauteurs.
Le film de Marc Jampolsky, « Sagrada Família, le rêve achevé de Gaudí », (Co-production Gédéon-Arte) peignit ensuite sur l’écran la beauté stupéfiante de la fameuse basilique. Les caméras volaient sur les contours du monument, s’attachaient aux détails imperceptibles, mais aussi aux inspirations du maître et à ses héritiers.
Puis, sur la scène des Bernardins, les invités tentèrent de cerner le mystère Gaudí. Chacun se renvoyait la balle : génie de l’architecture, homme de foi et Catalan enraciné, qui était-il ? Un peu de tout cela, assurément. Laure Dautriche voyait même en lui un fin musicologue : Gaudí voulait que la mélodie de ses cloches sonnât jusqu’à 3 km à la ronde, sans qu’aucune note en fût changée. De son côté, François-Joseph Ambroselli lança cette flèche : « Cette église tient debout parce qu’elle n’est pas droite ». Est-elle l’œuvre d’un génie ou d’un fou ? Notre invité proposa quelques éléments de réponse, laissant à chacun la possibilité de trancher. Mais le fond de sa pensée se trouve dans cet article, publie dans le numéro du Figaro Hors-Série.
Une question, celle qui brûle aux lèvres de l’Église en ce moment, restait encore à trancher : Gaudí était-il un saint ? Un vrai, comme on sait les canoniser ? L’écrivain Michel Bernard amorça un début de réponse en comparant l’homme à d’autres figures. On disait de Jeanne d’Arc que l’orgueil dont on l’accusait avait ralenti sa canonisation ? Il n’en serait pas de même pour Gaudí. Les artistes, comme Monet, ne voulaient pas qu’on touchât à leur œuvre ? Gaudí, au contraire, accepta avec humilité que d’autres poursuivent son chef-d’œuvre.
Comment clore cette table ronde ? Autour de tables de buffet garnies de tapas catalanes, créées par les chefs Romain Fornell et Oscar Manresa, et d’un verre de vermouth Izaguirre, autre classique catalan. Ce qui fut fait de bon cœur.
REVIVEZ EN VIDÉO LA SOIRÉE GAUDÍ
Algérie : la fabrique du mensonge
L’histoire franco-algérienne se résume-t-elle à la violence coloniale, la brutalité d’une guerre de décolonisation et notre piteuse capitulation lors des accords d’Évian ? Les saillies antifrançaises régulières du régime d’Alger montrent assez ce que ce récit officiel comporte d’omissions, de détournements et de reconstructions intéressées. Xavier Driencourt le reprend, depuis le début, dans un livre qui vient de paraître : L’Algérie, vérités et légendes (Perrin). Deux fois ambassadeur à Alger, il sait ce que les légendes nationales doivent ou non aux faits, et combien les discours politiques s’appuient à leur tour sur les légendes.
Dans un entretien ample, tranchant, il détaille pour Le Figaro Histoire ce que fut vraiment l’histoire de l’Algérie : une conquête engagée sans véritable projet, puis le « royaume arabe » rêvé par Napoléon III, avant les contradictions d’une République qui proclamait là-bas des principes universels qu’elle s’abstenait d’appliquer. Xavier Driencourt restitue surtout à la guerre d’Algérie ses véritables intrigues. Bien loin de l’image d’une guerre d’indépendance ou de « Libération », elle fut une succession de crises, et en Algérie, une lutte à mort entre factions pour le pouvoir. L’armée des frontières confisqua la victoire et les accords d’Évian furent caducs aussitôt signés. La France seule fit semblant d’y croire, et se tient jusqu’à nos jours à cette posture naïve. De saint Augustin à Abdelkader, de 1830 à Emmanuel Macron, Xavier Driencourt démonte les récits commodes. Un texte passionnant et indispensable : puisque le passé gouverne entre Paris et Alger, autant qu’il soit honnêtement reconstitué. Luc-Antoine Lenoir
LIRE L'ENTRETIEN AVEC XAVIER DRIENCOURT
Passer la publicitéDe Gaulle à l’écran : mensonges par omission
L’acteur est excellent, les décors reconstitués de façon spectaculaire, le premier épisode de cette saga mené tambour battant : La Bataille de Gaulle : l’Âge de fer d’Antonin Baudry est indéniablement un bon film, du point de vue du cinéma. Mais est-il fidèle à l’histoire ? Quel degré de ressemblance entretient-il avec les situations vécues, les personnages réels, la chronologie et la complexité de la réalité historique ? Directeur de la rédaction du Figaro Histoire, Michel De Jaeghere a sollicité deux historiens spécialistes de la période, Henri-Christian Giraud et Olivier Dard, pour tenter de démêler le vrai du faux, la réalité historique de la fiction.
De leurs interviews croisées en deux épisodes, il apparaît que, pour les besoins de la narration, Antonin Baudry a fortement simplifié les faits, quitte à en livrer un récit si parcellaire qu’il déforme la vérité. L’occultation de l’ampleur de la débâcle, par exemple, ou celle des divisions internes du gouvernement de Vichy. L’absence du personnage de Laval, qui n’existe pas dans le film, fait ainsi reposer toute la politique de collaboration sur le maréchal Pétain, sans tenir aucun compte notamment du renvoi de Laval, le 13 décembre 1940, renvoi qui fut motivé par leur divergence sur le sujet. L’occultation de la situation d’urgence créée par la défaite et les dizaines de milliers de réfugiés jetés sur les routes prive la signature de l’armistice de son contexte. L’invasion de la zone libre le 11 novembre 1942 est elle aussi omise par le film, « impasse ahurissante », selon Henri-Christian Giraud, parce que la menace qu’elle faisait peser sur la France fut centrale dans la réaction des autorités face au débarquement américain. Le De Gaulle d’Antonin Baudry serait-il avant tout un personnage de fiction ?
DÉCRYPTAGE HISTORIQUE DU FILM 1/2
DÉCRYPTAGE HISTORIQUE DU FILM 2/2
Louis XVII : la mort d’un enfant martyr
C’est l’un des épisodes les plus tragiques de la Révolution, parce qu’il concerne un enfant et un symbole : le 8 juin 1795, Louis XVII, fils de Louis XVI et Marie-Antoinette, s’éteignait dans la prison du Temple, âgé de 10 ans. Bien que très courte, sa vie a laissé une trace immense dans l’imaginaire collectif. C’est ce que raconte la chronique hebdomadaire du «Figaro Histoire raconte», sur la chaîne Le Figaro TV.
Né à Versailles en 1785, le jeune Louis-Charles devient dauphin à la mort de son frère aîné Louis-Joseph en 1789. La même année, la Révolution française bouleverse son destin. En août 1792, après la chute de la monarchie, il est enfermé avec sa famille dans la Tour du Temple. Quelques mois plus tard, son père est guillotiné ; pour les royalistes, le petit prisonnier devient alors le roi Louis XVII, sans trône ni pouvoir.
En juillet 1793, il est séparé de sa mère et confié au gardien Antoine Simon. Soumis à des conditions de détention éprouvantes, privé d’affection, d’éducation et de liberté, l’enfant s’enfonce dans la solitude. Lorsque Marie-Antoinette est exécutée en octobre 1793, elle ne l’a pas revu. Les mois passent et la santé du jeune prince se dégrade rapidement. Enfermé dans une cellule obscure, atteint par la maladie et l’abandon, il finit par mourir le 8 juin 1795, à l’âge de dix ans.
Lors de l’autopsie, le chirurgien Pelletan prélève son cœur. Cette relique traverse ensuite les siècles, tandis que naît une légende : beaucoup refusent de croire à la mort de l’enfant et prétendent qu’il s’est évadé du Temple. Plus de deux cents ans durant, le mystère nourrit les rumeurs et les impostures. Finalement, des analyses génétiques réalisées à la fin du XXe siècle démontrent que le cœur conservé est bien celui du fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Le 8 juin 2004, 209 ans jour pour jour après sa mort, il est solennellement inhumé dans la basilique Saint-Denis.
À en perdre son latin
Les humanités comptent en France. Elles ont formé sa langue, sa littérature, son idée de l’école. Même ceux qui ne savent plus décliner savent encore qu’une part du pays disparaîtrait avec le latin et le grec. Le gouvernement le sait, ou du moins le dit : il les célèbre volontiers, rappelle leur rôle dans la formation des esprits. Puis il réduit leur place et finit par les éliminer en supprimant les points bonus qui récompensaient leur étude au baccalauréat. Méthode assez habituelle : prononcer l’éloge pour organiser l’enterrement.
Caroline Fourgeaud-Laville n’entend pas les laisser mourir ainsi. Dans un livre que Le Figaro Histoire a récemment salué, elle rappelait ce que les humanités apportent de plus nécessaire : la précision des mots, la profondeur historique, l’habitude de penser contre les évidences et l’époque. Avec l’association Eurêka, qu’elle a fondée, elle transmet aussi concrètement cette force à des enfants, en les initiant aux langues anciennes et aux mythes. Elle publie dans Le Figaro une tribune pour demander au ministre de l’Éducation nationale le rétablissement des points bonus accordés, au baccalauréat, aux élèves latinistes et hellénistes. Plus de cent vingt universitaires, enseignants, écrivains et artistes soutiennent une pétition récemment mise en ligne, qui dépasse les 4000 signatures et n’attend que la vôtre. La demande n’a rien d’exorbitant : reconnaître l’effort de ceux qui choisissent une discipline exigeante, au lieu de leur expliquer qu’elle est essentielle tout en veillant à ce qu’elle ne rapporte plus rien. Le latin et le grec ont assez reçu d’hommages feints. Ils réclament désormais quelques décisions de bon sens. Luc-Antoine Lenoir
LA TRIBUNE DE CAROLINE FOURGEAUD-LAVILLE
Mme de Sévigné au théâtre de Poche-Montparnasse
Au théâtre de Poche-Montparnasse (Paris VIe), la cour de Louis XIV ressuscite par la voix de Béatrice Agenin, qui lit en ce moment les Lettres de Madame de Sévigné. Ces chroniques à la fois intimes et mondaines réveillent un petit caravansérail de personnages plus ou moins recouverts de la poussière de l’oubli.
Pour éclaircir certaines figures, Sébastien Lapaque a enfilé ses habits de pédagogue, façon hussard noir. On suit les déboires d’un chef cuisinier suicidé, on s’amuse du prestige qu’un tabouret pouvait signifier en ces temps-là, ou l’on épie les plongeons aristocratiques d’une belle dans la Manche. « La mer l’a vue toute nue, et sa fierté en est augmentée : j’entends de la mer ».
Mais c’est aussi la marquise de Sévigné elle-même qu’on apprivoise dans ces bonbons épistolaires : veuve indépendante, précieuse lettrée, en voilà du féminisme pour l’époque ! Ses lettres sont le miroir d’une manière de réfléchir propre à la Sévigné, femme dotée d’une personnalité attachante, au-dessus ou à côté des corsets de la pensée convenue. Libre, en somme. Comment le sait-on ? Par ce genre de formules, spirituelles, définitives : « Je suis bien loin d’abonder dans mon sens ».
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