La lettre du Figaro Histoire du 27 mai 2026
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LETTRE EXCLUSIVE - L’actualité historique par Geoffroy Caillet et Isabelle Schmitz.
Passer la publicité Passer la publicitéAvec cette lettre, retrouvez une semaine sur deux l’actualité du Figaro Histoire et du Figaro Hors-Série. Des récits, reportages et points de vue, mais aussi tout ce que l’histoire nous inspire pour éclairer le présent.
Chers lecteurs,
Passer la publicitéUn génie ou un fou ? Lorsqu’on connaît peu Antoni Gaudí, artiste fascinant à la charnière des XIXe et XXe siècle, la question se pose immanquablement. Les bâtiments qu’a laissés à la postérité « l’architecte de Dieu » semblent plaider pour une forme de folie. Ou du moins passer pour la signature d’un esprit fantasque. La réalité est tout autre. À l’occasion de sa mort, il y a cent ans cette année, Le Figaro Hors-Série consacre à l’illustre Catalan un numéro exceptionnel pour tenter de percer le mystère.
D’abord, il y a l’enfance. Chez Gaudí, elle a le parfum du jardin d’Éden. Le voilà qui musarde en silence dans la campagne de Reus où il naît : « Entouré de fleurs, de vignes et d’oliviers, (…) j’ai saisi les plus pures et délicieuses images de la Nature, cette Nature qui, toujours, est ma maîtresse ». Plus tard, installé à Barcelone, l’architecte n’oubliera pas ces visions : aux règles classiques d’architecture, apprises dans une école renommée, il conjuguera la ligne courbe, inspirée de la nature, et tracera peu à peu son sillon dans le courant moderniste de l’époque. Ses manières, mais aussi un « ordre invisible », uniront cette œuvre, souligne Galdric Santana, commissaire de «l’année Gaudí», dans notre numéro.
Et pourtant, comme le rappelle Michel De Jaeghere dans son éditorial, «ses œuvres restent signe de contradiction. Il avait inventé des formes à nulles autres pareilles, fait vibrer les surfaces par un festival de couleurs qui leur avait donné leur inimitable fantaisie. Il avait poussé à ses extrémités l’intuition fondatrice de l’Art nouveau, l’avait menée, parfois, jusqu’au délire. Cent ans après sa mort, Antoni Gaudí brille comme une étoile au ciel de l’histoire de l’art moderne. Il n’eut guère, pourtant, de postérité. Ses plus récents disciples (Santiago Calatrava, Jean Nouvel) n’ont prolongé ses inspirations fondatrices qu’après les avoir passablement assagies. Il eut l’éclat d’une comète brillante et passagère, évanouie dans la nuit noire après avoir brillé de tous ses feux.»
LIRE L’ÉDITORIAL DE MICHEL DE JAEGHERE
Il était une fois la Sagrada Família
La Casa Mila et ses vagues de crème comme des collines allongées, ou les feuillages de trencadis de la Casa Batlló : si la nature est un temple, Gaudí le prolonge. Cette nature qu’il sculpte, c’est une façon pour lui d’imiter la création. C’est ce qu’il fera dans la Sagrada Família, prière d’un homme qui grandit avec son œuvre, peu à peu coulée dans la pierre et dans la lumière, dont chaque élément est comme le vers d’un poème qui croît.
Jean-Marie Tasset raconte dans Le Figaro Hors-Série comment Gaudí incarna ses élans de foi dans cette architecture ciselée, forêt d’ogives aux façades déconcertantes, débordantes, grouillantes : « Plus qu’une basilique, elle est un poème mystique, une nécessité de l’âme. » Tout, dans cet édifice, défie la mesure. Il est même devenu l’église la plus haute du monde : à 172,5 mètres, les flèches sabrent le ciel comme pour le tutoyer. Elle n’est ni laide ni belle, écrit-on : elle est stupéfiante. Mouvante, toujours inachevée, la Sagrada Família est devenue à Barcelone ce que la tour Eiffel est à Paris : un symbole, un emblème. Son couronnement.
Passer la publicitéSoirée Gaudí
Pour prolonger le plaisir de votre lecture, Le Figaro Hors-Série vous invite lundi 8 juin prochain au collège des Bernardins (Paris Ve) à une soirée exceptionnelle consacrée à Gaudí et à Barcelone. La Sagrada Família n’a qu’à bien se tenir : nous vous proposons d’assister d’abord à une démonstration de castells, les tours humaines catalanes ! Nettement moins hautes que la Sagrada, elles n’en sont pas moins techniques à exécuter… Inscrites au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, elles constituent une tradition toujours vivante de la Catalogne.
Ce n’est pas tout. Avec le documentaire Sagrada Família, le rêve achevé de Gaudí, de Marc Jampolsky, vous découvrirez la célèbre basilique depuis votre fauteuil. Coproduit par Gédéon et Arte, le film raconte ses dentelles de pierreries, ses cascades de lumières, ses façades labyrinthiques, comme des débordements des Écritures saintes. Que comprend-on que l’on n’ait vu ? Il faut ouvrir les yeux et se laisser gagner par la folie de l’architecte.
Après ce moment de grâce, une table ronde permettra d’approfondir la réflexion autour d’Antoni Gaudí, interrogé comme génie de l’architecture, homme de foi et Catalan enraciné. Sur l’estrade, ils seront quatre à deviser de ces facettes autour d’Isabelle Schmitz, directrice adjointe de la rédaction du Figaro Hors-Série : l’écrivain Michel Bernard, la journaliste Laure Dautriche, la directrice de l’Office du Tourisme de Catalogne, Josefina Mariné, et enfin, Berenguer Vidal, archiviste du Centre excursionniste de Catalogne, auquel appartenait Gaudí. Un cocktail aux saveurs catalanes clôturera la soirée.
Un prix préférentiel est proposé aux enseignants et aux étudiants, avec le numéro du Figaro Hors-Série offert en prime. Le nombre de places est limité : ne tardez pas !
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Victor Hugo, les funérailles du siècle
Le 22 mai 1885, Victor Hugo s’éteignait chez lui, dans son appartement de... l’avenue Victor-Hugo, l’avenue d’Eylau ayant été rebaptisée en son honneur en 1881. Victor Hugo a quatre-vingt-trois ans. Depuis plusieurs semaines, la France entière suit l’évolution de son état de santé à travers les bulletins publiés par les journaux. Pourquoi ? Parce qu’Hugo est alors bien plus qu’un écrivain : il incarne à lui seul le romantisme, la République retrouvée, l’exil contre le Second Empire et une certaine conscience morale du XIXe siècle, comme le raconte «Le Figaro Histoire raconte...», la chronique diffusée dans «Bienvenue en Île-de-France» sur Le Figaro TV.
Sitôt sa mort connue, la nouvelle se répand dans Paris. Les cloches sonnent. Les journaux publient des éditions spéciales. Le président du conseil Jules Grévy décide d’organiser des funérailles nationales. On décide également de transférer sa dépouille au Panthéon, monument redevenu républicain quelques années plus tôt. Le corps de l’écrivain est d’abord exposé sous l’Arc de Triomphe. À partir du 31 mai, un immense catafalque noir y est installé. Paris prend des allures de ville en deuil : draperies noires aux fenêtres, crêpes suspendus aux balcons, journaux encadrés de noir. Pendant toute une nuit et toute une journée, une foule ininterrompue vient défiler devant le cercueil. Contrairement aux usages des grands enterrements d’État, le convoi reste relativement sobre, conformément au souhait de simplicité exprimé par l’écrivain. Pourtant, la solennité est immense : 19 orateurs se succèdent à la tribune !
La mort de Victor Hugo dépasse la simple disparition d’un auteur célèbre. Elle marque la fin symbolique du XIXe siècle romantique et l’entrée de la littérature dans une dimension presque sacrée de la mémoire collective française. Rarement un écrivain aura suscité une émotion aussi vaste, aussi populaire et aussi politique. Encore aujourd’hui, les images de cette foule immense avançant sous l’Arc de Triomphe restent parmi les plus impressionnantes funérailles de l’histoire de Paris.
REGARDER LE FIGARO HISTOIRE RACONTE
À table, citoyens
Depuis que l’homme est homme, manger est pour lui plus que se nourrir. Les Grecs imaginaient les dieux eux-mêmes attablés, festoyant sur l’Olympe ; et l’homme civilisé, pensaient-ils, s’élevait précisément en transformant la nécessité du repas en moment sacré. Dans l’Antiquité déjà, on parlait, lors des banquets, de la Cité comme du plaisir ; au Moyen Âge, il devint prétexte aux mises en scène, un théâtre de puissance et de grandes promesses.
Dans un captivant récit pour Le Figaro, Guillaume Perrault remonte ce fil très ancien, des symposiums grecs aux banquets des Gilets jaunes, en passant par Philippe le Bon, les catherinettes, les repas corporatistes, les campagnes électorales du XIXe siècle, où l’on faisait la politique à coups de toasts. En 1848, l’interdiction d’un banquet politique par Guizot mit le feu à Paris et précipita la chute du régime.
C’est bien le destin collectif qui s’écrit au fil des grandes tablées, qu’elles soient populaires ou fastueuses, dressées sous les poutres d’une halle, dans un village, ou sous les ors d’un banquet d’apparat. On pourra lire cette fresque seul, devant son repas et son écran, selon les usages modernes. Ce n’est pas sans ironie. Se pose alors une question très simple et fondamentale : que devient un pays dans lequel les gens ne savent plus dîner ensemble ? Luc-Antoine Lenoir
LIRE LE RÉCIT DE GUILLAUME PERRAULT
Les Pirates de Penzance : quand Offenbach traverse la Manche
C’est pour tout dire une rareté, et même une occasion unique. Jusqu’au 30 mai 2026 se joue, au Théâtre Armande-Béjart d’Asnières, une opérette très peu représentée en France et surtout quasiment jamais traduite en français : Les Pirates de Penzance. Cette œuvre est pourtant un classique du monde anglophone, États-Unis et Grande-Bretagne confondus. Ses auteurs, Gilbert et Sullivan, sont à la Grande-Bretagne ce qu’Offenbach est à la France. C’est dire le niveau de leur réputation. Des oreilles averties n’ont d’ailleurs pas hésité à comparer Les Pirates de Penzance aux fameux Brigands du compositeur français. Pourtant, la célébrité du duo n’a pas atteint nos frontières : «G&S» sont quasi inconnus de ce côté-ci de la Manche.
C’est donc tout le mérite de la troupe Oya Kephale d’avoir monté cette pittoresque histoire de bandits plus sympathiques que dangereux et de policiers incompétents, avec une intrigue qui repose sur des quiproquos et un dénouement surgissant presque par enchantement : deus ex machina... La mise en scène signée Fitzgerald Berthon et la direction musicale de Pierre Boudeville font merveille.
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