Meurtre du petit Jonathan : le pédocriminel allemand Martin Ney condamné à la réclusion criminelle à perpétuité
Par Laurène Trillard, Le Figaro Nantes
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Le tueur en série des colonies de vacances était jugé depuis le 19 mai devant la cour d’assises de Loire-Atlantique, à Nantes. Il était accusé d’avoir enlevé le garçon de 10 ans en classe de mer en 2004, et de l’avoir tué.
Passer la publicité Passer la publicitéPeine maximale pour l’imperturbable Martin Ney. Le tueur en série allemand des colonies de vacances, surnommé le « Schwartzmann » , a été condamné jeudi soir à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de 22 ans. Après plus de cinq heures de délibéré, la cour d’assises de Loire-Atlantique l’a reconnu coupable de l’enlèvement, de la séquestration et du meurtre de Jonathan Coulom. Ce petit garçon de 10 ans, originaire du Cher, avait été enlevé en pleine classe de mer dans la nuit du 6 au 7 avril 2004 à Saint-Brevin-les-Les-Pins (Loire-Atlantique). Son corps avait été retrouvé un mois et demi plus tard dans un étang, à quelques dizaines de kilomètres de sa disparition, ligoté, déshabillé et lesté d’un parpaing.
« Enfin Justice a été rendue pour notre fils. Il va pouvoir reposer en paix, la famille va pouvoir faire de son deuil » a réagi Stéphane Coulom, les yeux embués, à la sortie de la salle d’audience. «C’est une reconnaissance de la justice française, les enquêteurs ont fait un travail de fou» a-t-il ajouté, malgré la souffrance toujours aussi vive. « Rien ne peut atténuer notre douleur, rien ne peut atténuer sa disparition. Maintenant, c’est un combat en sa mémoire qui doit continuer». «Ils ont assisté à toute l’audience avec un courage et une dignité hors du commun», a salué Me Corinne Herrmann, son avocate, à propos d’un «procès hors normes». «C’est un soulagement car on connaît enfin la vérité», a renchéri Me Catherine Salsac, qui défendait la mère de l’enfant.
«Faisceau d’indices»
Ce verdict intervient après trois semaines de procès particulièrement intenses. Du 19 mai au 4 juin, enquêteurs, témoins et experts se sont relayés à la barre pour tenter d’éclaircir le mystère autour de cette affaire hors normes. Les 22 ans d’investigations matérialisées dans plus de 160 tomes de procédures n’ont jamais permis d’attester de la présence de l’«homme en noir» au moment du drame. Son ADN n’a jamais été confondu non plus.
Pour autant, «le faisceau d’indices, c’est une preuve», a déclaré jeudi matin l’avocate générale Sophie Husson, requérant la perpétuité. Cette dernière, qui n’a pas caché son « intranquillité » vécue au cours des derniers jours, a cité les troublants messages publiés par l’accusé sur des forums pédophiles, faisant écho au petit Jonathan. Elle a également livré le témoignage de cet agriculteur accompagné de son chien se souvenant comme si c’était hier d’une une BMW immatriculée en Allemagne, à Guérande. Ou encore les confidences de Mario T., cet ancien codétenu jurant avoir recueilli les aveux de Martin Ney en 2017, conduisant ainsi à la mise en cause de l’intéressé dans l’affaire.
Mais c’est surtout la «signature criminelle » de cet homme de 55 ans, déjà condamné à la perpétuité en Allemagne pour le meurtre de trois enfants entre 1992 et 2001, qui a été soulevée au cours des débats. Comme pour ses précédents crimes, Martin Ney s’est attaqué à un jeune garçon, blond, aux yeux clairs, en pleine nuit, dont le corps a été retrouvé à quelques kilomètres du lieu de l’enlèvement.
Pas d’aveux
De son côté, la défense a invité la cour à ne pas faire de Martin Ney le «coupable idéal». « Si vous avez un doute à l’issue de votre délibéré, vous devrez acquitter Martin Ney [...] pour que le dossier reste ouvert et le cas échéant qu’un véritable coupable puisse être désigné», a plaidé Me Sabine Barz. Elle a notamment rappelé que son client avait été acquitté dans l’affaire de l’enlèvement et le meurtre de Nicky Verstappen en 1988, permettant ainsi de retrouver le vrai meurtrier.
Tout au long de son jugement, l’accusé impassible qui a versé quelques larmes lors d’un interrogatoire a passé son temps à nier les faits. «Je voudrais dire une fois de plus la vérité, et la vérité c’est que je n’ai jamais été à Saint-Brevin, a-t-il redit lors de sa dernière prise de parole, assisté de deux interprètes. Je n’ai pas enlevé Jonathan, je ne l’ai pas agressé sexuellement et je n’ai pas non plus tué Jonathan».
Passer la publicité«Ce déni, c’est une seconde souffrance, c’est un outrage qui est fait à la mémoire de Jonathan et c’est une torture psychologique continue», avait souligné la veille Me Catherine Salsac, avocate de la mère, la grand-mère et deux sœurs de la victime. Jeudi matin, le père de Jonathan, qui avait déjà témoigné à la barre de la «souffrance intenable» de sa famille, a souhaité faire passer un message devant la presse. «À quand une inspection et des travaux dans les entreprises et les centres qui accueillent des enfants ?», a-t-il interrogé, alors que le centre d’hébergement où était parti son fils en 2004 était vétuste et peu sécurisé.
