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Grandiose, irréel... et un peu « cassé » : notre test de Crimson Desert, l’incroyable épopée qui repousse les limites du jeu vidéo

Par Steve Tenré

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Le monde de Crimson Desert est si vaste qu’il nous a fallu plus de 50 heures de jeu pour sortir de la première région du titre. Pearl Abyss

CRITIQUE - Malgré des imperfections dues à sa très grande ambition, le titre développé en Corée a toutes les cartes en main pour concurrencer le tant attendu GTA 6, et peut-être même figurer parmi les nommés du « jeu de l’année ».

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Testé sur PC. Disponible le 19 mars 2026 sur PC, PlayStation 5 et Xbox Series au prix conseillé de 69,99 euros.

Crimson Desert existe bel et bien. Ce jeu vidéo, démesurément attendu en raison de ses promesses fantasmatiques, n’est ni une arnaque ni un mensonge. Jusqu’à la dernière minute, les joueurs du monde entier ont exprimé des doutes quant à la probité de Pearl Abyss, studio de développement coréen guère connu que pour le jeu massivement multijoueur (MMO) Black Desert Online. «Vous n’êtes pas prêt pour la déception», «Il faut être stupide pour croire que Crimson Desert va être bon», «Cette espèce de fourre-tout n’est là que pour attirer les investisseurs», pouvait-on encore lire sur les forums et les réseaux sociaux peu avant la parution de ce test.

Peut-on vraiment leur jeter la pierre? Sur le papier, Crimson Desert a toujours paru trop beau pour être vrai. Ne serait-ce qu’avec cette folle bande-annonce diffusée en marge de la Gamescom de Cologne, en 2023, où l’on pouvait voir le héros du jeu se battre à cheval, affronter un gigantesque dragon, faire s’effondrer des tours de guet, enchaîner les sauts de l’ange depuis la stratosphère... le tout, dans un monde gigantesque techniquement irréprochable. Certains joueurs y ont pourtant cru, mettant en avant l’expérience gagnée par l’industrie vidéoludique sud-coréenne ces dernières années, avec des succès inattendus mais mérités tels que Lies of P, Stellar Blade ou Khazan: The First Berzerker ...

Une première impression de jeu «cassé»

Après une soixantaine d’heures de jeu, disons-le haut et fort: ceux-là ont eu raison d’y placer leurs espoirs. Crimson Desert est un tour de force comme rarement l’industrie du jeu vidéo en a connu, et représente selon nous ce que tout jeu vidéo à gros budget devrait être: un terrain d’expérimentations et de découverte constante, dont les règles ne s’appliquent qu’à son univers, et dont les multiples idées cherchent sans cesse à repousser les limites de ce qui a été établi par de précédentes productions. En ce sens, Crimson Desert pourra décontenancer, et même (beaucoup) frustrer: nombre de ses mécaniques sont au mieux cachées, au pire tout à fait cryptiques, et les normes de gameplay qu’il met en place seront forcément qualifiées par les joueurs d’«étranges» ou de «cassées». Si bien que le titre de Pearl Abyss ne révélera vraiment tout son potentiel qu’au bout de 15 à 20 heures de jeu, une fois une partie de ses règles appréhendées.

Car oui, le début du jeu fait peur, très peur! Le jeu vous met immédiatement dans la peau de Kliff, membre des «Crinières grises», sortes de mercenaires itinérants vivant dans la région nordique de Pailune, sur le continent de Pywell. On comprend rapidement que le jeu ne brillera pas par la profondeur de ses personnages. Cheveux longs, voix rauque, mutin, épaules carrées... Kliff est caricatural au possible, et son rôle de «mâle alpha» sans crainte ni reproche ne le quittera jamais tout au long de l’aventure. Ses compagnons d’armes sont tout aussi clichés: le grand dadais au gros marteau, la jolie et gracieuse épéiste, le quinquagénaire adepte de la boisson...

On ne peut que tomber amoureux des graphismes du jeu. Capture d’écran / Pearl Abyss

Dès les premières minutes de jeu, la prise en main de Kliff s’avère, en outre, pour le moins étrange. On sent notre personnage lourd à manier, perclus d’animations en tout genre, et surtout, imprécis au possible. Une phase de plateforme peu après l’ouverture du jeu le confirme: à peine tente-t-on de sauter par-dessus les précipices que Kliff manque d’y tomber, pour peu que notre stick dérape d’un seul petit pixel. On voit d’ailleurs que Red Dead Redemption  est passé par là, et que Pearl Abyss a voulu reprendre la disposition des touches si chère à Rockstar. Pour courir, il faut marteler Croix (sur une manette PlayStation); pour sauter, il faut presser Carré; pour attaquer et réaliser des combos - automatiques - , il faut maintenir R1 ou R2. Vous avez également la possibilité de maintenir L1 pour faire apparaître un viseur d’interaction: ciblez un objet pour le ramasser, cibler un personnage pour lui parler et ciblez un endroit pour effectuer un saut précis, à la manière de Baldur’s Gate 3 .

Oui mais voilà: si un tel maniement sied à un jeu lent voire contemplatif, il semble franchement désuet pour un titre aussi explosif que Crimson Desert. Et disons-le immédiatement: il est fort possible que vous ne vous y fassiez jamais vraiment, le jeu s’amusant aussi à proposer des combinaisons de touches toujours plus étranges au fil des heures (maintenir le stick gauche pour déployer un grappin, enchaîner des pressions sur le stick droit puis gauche pour donner des coups de paume...). Cela entraînera de très nombreux moments de flottement chez le joueur, qui mettra du temps avant de maîtriser les actions qu’il veut réaliser.

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Une narration en dents de scie

Autre frayeur immédiate: la narration. Si nous ne nous attendions pas à la richesse d’un jeu Rockstar ou Naughty Dog en termes de scénario, force est de constater que les développeurs de Pearl Abyss ont fait l’effort de narrer autant que possible leur aventure, avec pour objectif de se départir des accusations prêtant à Crimson Désert une réputation de «MMO solo». La mission est, malheureusement, à moitié réussie.

Le début du titre montre le camp des Crinières grises ravagé par un autre groupe de mercenaires, les Ours noirs, vraisemblablement en conflit depuis un certain temps avec nos protagonistes. Kliff tombe dans une rivière puis... Fondu au noir, le voilà assis sur la berge, après avoir été apparemment secouru par un villageois. Quelques instants plus tard, sans que le jeu n’explique quoi que ce soit, une série de quêtes nous est assignée: faire l’aumône à un sans-abri, nettoyer la cheminée d’une maison, sauver une jeune femme prisonnière d’un puits... Puis, quelques dizaines de minutes plus tard, vous voilà le serf du baron local, qui va vous donner des terres pour que vous puissiez reconstituer votre clan...

Crimson Desert est magnifique. Capture d’écran / Pearl Abyss

Vous l’aurez compris, Crimson Desert a bien du mal à justifier narrativement les quêtes - même principales - qu’il propose au joueur. Cette sensation s’atténue au fil des heures, grâce à la multiplication de petites saynètes ajoutant un peu de liant au scénario, mais l’histoire du jeu coréen ne parviendra jamais réellement à vous happer, se contentant du minimum pour présenter ses enjeux pourtant épiques, où figures divines s’entremêlent au destin de Kliff pour lui donner la lourde tâche de sauver la trame du monde. Nul doute que certains joueurs ne lui pardonneront pas ces errements d’entrée de jeu, et cela s’en ressentira dans les notes de la presse mondiale. Mais pour ceux qui persistent au-delà des premières heures de jeu, et qui se feront donc à ces étranges et néanmoins constantes approximations, ils découvriront que Crimson Desert recèle de qualités beaucoup trop rares dans l’industrie du jeu vidéo.

Le réalisme de Rockstar...

Car avant d’être une folle épopée, Crimson Desert est un univers à appréhender. Pearl Abyss a voulu faire de son jeu la synthèse clinique de deux chefs-d’œuvre du jeu vidéo: Red Dead Redemption 2 (RDR 2) et The Legend of Zelda Tears of the Kingdom  (TOTK). 

Du premier, il en tire sa technique impressionnante et son réalisme à toute épreuve. Nous n’avons pas pu tester le jeu sur console, mais Crimson Desert est, sur un PC haut de gamme, un délice pour les yeux et, osons-le, probablement le plus beau titre sorti à ce jour. On pourra certes pester contre certaines textures baveuses, mais on ne peut que tirer son chapeau face aux paysages à forts reliefs que l’on traverse tout au long de l’aventure, d’une incroyable variété, de la prairie de la région d’Hernand au désert écarlate, en passant par les monts hérissés de Demeniss.

En forêt, les arbres et l’herbe ploient et vrombissent au gré des rafales de vent, grâce à de sublimes effets physiques et de particules ridiculisant ceux de Ghost of Yotei (Sony, 2025). Les courants déchaînés de la mer, des rivières et des cascades paraissent plus vrais que jamais, et chaque élément du jeu peut être au pire abîmé, au mieux abattu sous la force de nos coups. Quelle surprise, ainsi, de pouvoir faire s’écrouler les structures de bois ennemis et alliées, les tentes et campements de soldats, et de voir tressaillir les maisons de briques pourtant solidement fixées au sol! Mention spéciale, aussi, aux magnifiques nuits noires du titre, seulement percées par la lumière des lanternes et des feux des champs de bataille. Les visages, très réussis, le sont tout autant que les divers pelages et autres armures, resplendissantes.

Les panoramas à couper le souffle s’enchaînent. Capture d’écran / Pearl Abyss

Une technique impressionnante, rendue palpable par un sens du détail sans commune mesure. On reproche souvent aux jeux vidéo à gros budget d’énormément miser sur la plastique, et moitié moins sur les petits éléments de cohérence, qui rendent les jeux vivants. Le studio Pearl Abyss a lui fait les deux, investissant une bonne partie de ses finances dans la conception de centaines de personnages non joueurs (PNJ) sur tout le continent de Pywell. Certains ont même leur propre emploi du temps selon l’heure du jour ou de la nuit. Ainsi, vous pourrez saluer chacun d’entre eux, et même glaner quelques informations sur des points d’intérêt ou des quêtes secondaires chez ceux signalés par un point blanc sur la mini-carte. Tous vous insulteront si vous les bousculez, prendront peur si vous sortez votre épée de son fourreau, ou vous dénonceront s’ils sont témoins d’un vol ou de vandalisme de votre part. Il faut aussi noter le nombre ahurissant d’items à collecter partout, tout le temps, du petit bouclier posé nonchalamment près de la façade d’un sanctuaire perdu au bout du monde, jusqu’aux dizaines de variétés de fleurs à collectionner pour créer des teintures pour vos vêtements.

En soixante heures de jeu, nous n’avons eu l’impression que d’effleurer tout le contenu du jeu.

Aux PNJ s’ajoute l’une des plus riches faunes du jeu vidéo. Dodos, coucous, chienschats, vaches, chèvres, moutons, lézards, cafards, mille-pattes, scarabées... Pywell regorge de petites créatures à ramasser, caresser, porter, revendre ou pilonner, et le terrain de jeu ne cesse de fourmiller de ses milliers de présences - virtuelles, faut-il tout de même le rappeler. Et quelle ne fut pas notre surprise quand, plusieurs dizaines d’heures après le début de l’aventure, nous avons découvert que Crimson Desert proposait un système de familiers: caresser un chien et donnez-lui régulièrement de la viande crue à manger, et il deviendra au bout de quelques heures votre ami pour la vie, vous suivant dans toutes vos aventures. Vous pourrez même... l’habiller, si tant est que vous trouvez le «tailleur pour animaux», caché au creux d’un village forestier, inaccessible tant que vous n’aurez pas gagné son accès en accomplissant une petite quête secondaire. Et que dire de la cuisine! Vous pourrez concocter des bouillons, des soupes de poisson, de la viande de poulet grillée... aux effets divers et variés, et qui pourront vous rendre de l’endurance ou de la santé.

La qualité des tissus et matériaux est sans pareille. Capture d’écran / Pearl Abyss

En soixante heures de jeu, nous n’avons eu l’impression que d’effleurer les dizaines de systèmes et sous-systèmes du jeu, et nous n’avons d’ailleurs fouillé de fond en comble que la première région du jeu, sur les cinq disponibles. Ce n’est par exemple qu’au bout de vingt heures que nous avons compris que les livres de forgerons que l’on trouvait çà et là devaient être lus pour que les armuriers situés dans les villes puissent nous proposer les…

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18 commentaires
  • BaronDimanche

    le

    Très bon test, très clair, qui semble faire un compte-rendu équilibré des qualités et des défauts du jeu.
    Grâce à vous, je sais désormais à quoi m’attendre avant d’éventuellement y consacrer 200 heures ou plus… Merci !

  • anonyme 121299

    le

    Article très instructif, et relatif à un sujet qui intéresse énormément de monde. Enfin celui qui a su conserver un peu de l’ado dans son esprit…

  • RegainSpirit

    le

    plus que demain pour y jouer, merci pour l'article

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