VOOZH about

URL: https://www.lefigaro.fr/voyages/a-tokyo-les-cerisiers-fleurissent-aussi-dans-l-assiette-20200328

⇱ À Tokyo, les cerisiers fleurissent aussi dans l'assiette


Aller au contenu
Passer la publicité Passer la publicité

À Tokyo, les cerisiers fleurissent aussi dans l'assiette

Par Aimie Eliot

Ajouter Le Figaro
à vos sources préférées
Le cheesecake de Yuiko Namasone, accompagné d’une chantilly au sakura-an (pâte de haricots azuki aromatisée à la fleur de cerisier), fait le succès du café Cocofulu. Yuiko Namasone

REPORTAGE - Pour contrer la propagation du coronavirus, les autorités japonaises déconseillent les rassemblements sous les cerisiers en fleurs. Mais la floraison des sakura ne se limite pas aux parcs et jardins, elle s'apprécie aussi à table.

Passer la publicité Passer la publicité

Regarder les premières fleurs éclore sur les branchages encore vierges, les feuilles pousser une à une et les pétales poudrés s’envoler, emportés par le vent. Malgré la crise, Rena Sasaki ne boude pas son plaisir devant le poétique spectacle des cerisiers de Tokyo, qui vient de débuter. Cette année pourtant, l’avocate n’ira pas festoyer au pied des troncs noueux, comme le veut la tradition au Japon. « D’habitude, on se retrouve entre amis pour pique-niquer, mais il serait irresponsable de se réunir en ce moment », estime-t-elle.

Pour contrer la propagation de l'épidémie de coronavirus, les autorités ont déconseillé d'aller assister à la floraison dans les parcs comme le font chaque année des milliers de Japonais. Il faudra donc se contenter de faire hanami - « contempler les fleurs » en japonais - lors de promenades dans le quartier, loin des foules qui se pressent depuis quelques jours dans les plus beaux parcs de la ville, en dépit des recommandations du gouvernement. Le hanami a cette année un goût d’interdit…

À lire aussi Au Japon, les cerisiers entament leur floraison sans les touristes

Passer la publicité

Par chance, il reste les plaisirs de la table qui viennent égayer la période. «On se console avec les spécialités de saison qu’on partage en famille », raconte Rena. Car au Japon, profiter des cerisiers n’est pas seulement une réjouissance visuelle : elle est aussi gustative. Aux premiers bourgeons, les commerces de bouche inondent le marché de douceurs à la fleur de cerisier : biscuits, chocolats, puddings et autres boissons aromatisées trônent sur les étals. «Ils sont vendus le temps de la floraison, on les aime car on ne peut en profiter que pour une très courte période ! », s’exclame Yuiko Nakasone, pâtissière du café Cocofulu, qui accompagne ses gâteaux printaniers de crème au sakura et les décore de pétales de fleurs cristallisées.

Préparer son voyage
Service
Le contenu de cet article a été rédigé de manière indépendante par la rédaction. Lorsque vous cliquez ou effectuez une réservation via nos liens partenaires, Le Figaro peut percevoir une commission.

Un rituel ancestral

Haruranman, le printemps en fleurs. Les noms poétiques des wagashi de Yuki Fujiwara participent à leur raffinement. Yuki Fujiwara

Le rituel est ancestral. Dans les pâtisseries traditionnelles japonaises wagashi, dont les formes et les saveurs s’inspirent des quatre saisons, dès l’arrivée du printemps, la fleur de cerisier est reine. Fumito Yamagushi a déposé devant sa boutique de Tokyo un cerisier bonsaï : il annonce la saison des spécialités au sakura que le pâtissier confectionnera jusqu’à l’éparpillement des pétales. Les fleurs et les feuilles, marinées au sel pour préserver couleur et saveur, viennent parfumer gâteaux à base de riz gluant (daifuku) ou de farine de blé (manju) fourrés à la pâte de haricots rouges, gelées d’agar-agar (yôkan) et sakura mochi.

La fleur de cerisier incarne le concept esthétique du wabi-sabi : cette beauté fragile et éphémère qui touche les Japonais

Fumito Yamagushi, pâtissier

L’ingrédient, précise l’artisan, est unique. « La fleur de cerisier incarne le concept esthétique du wabi-sabi : cette beauté fragile et éphémère qui touche les Japonais ». Ses douceurs se dégustent à l’heure du thé, accompagnées de sakura-yu, infusion de fleurs déposées au fond d’une tasse, dont les pétales s’ouvrent à mesure qu’on verse l’eau frémissante. Une coutume qu’évoque le thé vert au sakura imaginé pour la saison par Stéphane Danton, fondateur du magasin de thés Ocharaka.

À lire aussi Balade poétique et automnale à Kyoto

Les notes florales et légèrement salées du thé au sakura de Stéphane Danton rappelle le goût de l’emblématique sakura mochi, bouchée de riz gluant rose recouverte d’une feuille de cerisier. Aimie Eliot

Goûter la fleur, l’imiter aussi. Les wagashi les plus esthétiques sont de véritables sculptures miniatures, dont la fleur de cerisier est le principal motif. Yuki Fujiwara est passée maître dans cet art. Ses créations racontent la fugacité de la floraison, du bourgeonnement jusqu’à son crépuscule, représenté par quelques pétales flottant sur l’eau.

Le wagashi ne satisfait pas seulement les papilles, « il stimule nos cinq sens. Il y a le goût et l’odeur de la pâtisserie, mêlés au plaisir visuel des formes et des couleurs, sa texture, la mélodie des noms poétiques : c’est tout cet ensemble qui nous procure de la joie », précise l’artiste. Quelques bouchées pour vivre l’esprit du hanami depuis son intérieur, en attendant la prochaine floraison.


Carnet d'adresses

Dans les pâtisseries de Fumito Yamagushi, la fleur de cerisier agrémente une gelée d’agar-agar, un gâteau à la farine d’igname ou à base de pâte de riz. Aimie Eliot
Passer la publicité

Cocofulu Café. 1-27-34 Nshigahara, Kita-ku, Tokyo.

Mahorodou Sougetsu. 1-38-19 Miyasaka ,Setagaya-ku, Tokyo.

Ocharaka. Coredomuromachi1 – B1,2-2-1, muromachi, Nihonbashi, Chuo-ku, Tokyo.

Yuki Fujiwara (pâtisseries réalisées sur commande).

La rédaction vous conseille

À Tokyo, les cerisiers fleurissent aussi dans l'assiette

Sauvegarder un article

Pour sauvegarder un article vous devez être connecté, vous pourrez ainsi les consulter sur tous vos appareils.

Passer la publicité Passer la publicité
4 commentaires
  • Hérétique

    le

    Les JO reportés du 2020 au 2021 offrent une excellente occasion aux organisateurs de réfléchir à l'inclusion du duel des samouraïs, chacun à deux sabres traditionnels, dans le programme.

  • Français de souche

    le

    Beaucoup de cinéma aussi chez les cuisiniers nippons......

  • No Country For Old Man

    le

    Ocharaka! Je saute dans le premier avion.

Passer la publicité
À lire aussi

Sur le même thème

  1. Notre critique de Sheep in the Box, dessine-moi un robot

    COMPÉTITION - Palme d’or en 2018 avec Une affaire de famille, le Japonais Hirokazu Kore-eda revient à Cannes avec l’histoire d’un couple qui remplace son enfant décédé par un androïde. Un film bienveillant et ouvert sur les questions de demain.

Plus de services
Vous avez choisi de refuser les cookies
Et pourtant, la publicité personnalisée est un moyen de soutenir le travail de notre rédaction qui s’engage à vous proposer chaque jour une information de qualité. En acceptant les cookies, vous pourrez accéder aux contenus et fonctionnalités gratuites que propose notre site.

À tout moment, vous pouvez modifier vos choix via le bouton “paramétrer les cookies” en bas de page.

ou Refuser et s'abonner