Les Japonais l’apprécient, les touristes l’ignorent : faut-il visiter Yokohama ?
Par Jean Tiffon
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Trop souvent oubliée des touristes car dans l’ombre de Tokyo, la deuxième ville du Japon mérite plus que jamais une escapade.
Passer la publicité Passer la publicitéPour un visiteur fraîchement débarqué, la fourmillante mégapole tokyoïte n’est pas facile à appréhender. Occupant presque toute la plaine du Kantô, cet ensemble hétéroclite d’agglomérations compte sept préfectures et plus de 37 millions d’âmes ! À seulement 25 minutes en train de la capitale nippone, au sud de la baie de Tokyo, Yokohama représente ainsi la 2e ville du pays avec ses 3,7 millions d’habitants. Sans que cela n’intrigue outre mesure les touristes, qui ont tendance à la bouder. Pourtant ce port historique, qui a accompagné l’ouverture de l’archipel nippon au monde extérieur, constitue une destination aussi surprenante qu’exaltante.
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Un front de mer séduisant
Située à l’entrée de la baie de Tokyo, Yokohama s’impose comme l’un des plus grands ports du Japon. Cette intense activité commerciale n’a pas empêché la ville de se doter d’un élégant front de mer, aménagé d’une longue promenade au bord de l’eau avec balustrades en fonte et réverbères. Un parcours particulièrement plaisant, qui n’a pas vraiment d’équivalent à Tokyo, hormis peut-être sur l’île d’Odaiba.
Passer la publicitéAu départ de la station de métro Motomachi-Shugakai, on croise l’étonnante tour marine – un phare dans lequel on peut grimper –, les jardins du Parc Yamashita, de belles terrasses ensoleillées et quelques bateaux anciens comme le Hikawa Maru, un paquebot des années 1930. Plus au nord, quais et îlots mènent jusqu’aux Akarenga Soko, de vastes entrepôts en brique du XIXe siècle reconvertis en complexe commercial et de loisirs.
Une architecture (rétro)futuriste
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La destruction de la ville lors du tremblement de terre de 1923 puis des bombardements de la Seconde Guerre mondiale ont donné à Yokohama un visage résolument moderne. L’architecture locale offre ainsi une mosaïque de styles s’étalant des années 1960 à aujourd’hui, où beautés et ratés esquissent un étonnant décor (rétro)futuriste.
L’emblématique Minato Mirai 21, quartier d’affaires et de loisirs dominé par la Landmark Tower, assume son gigantisme au point d’être éclairé la nuit comme une véritable attraction. Les passerelles suspendues qui enjambent avenues et canaux, la silhouette du voilier quatre-mats barque Nippon Maru, la grande roue et le téléphérique ajoutent encore à l’étrangeté de l’ensemble. À une quinzaine de minutes à pied, les ruelles de l’Harmonica Yokocho offrent une tout autre ambiance avec leurs innombrables bars et gargotes rétro où on ne peut guère entrer à plus de cinq personnes…
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Un musée d’exception
Rouvert en février 2025 après d’importants travaux de rénovation, le splendide musée d’Art de Yokohama a été conçu par le grand architecte nippon Kenzo Tange. Son vaste hall, dont l’espace est structuré par d’étonnants escaliers, gradins ou paliers, évoque un peu la grande nef du musée d’Orsay. L’ensemble accueille une foule de chefs-d’œuvre de la sculpture mondiale, des créations iconiques de Brancusi à celles d’Isamo Noguchi. Dans les salles d’exposition, on découvre de précieuses estampes (ukiyo-e) représentant la ville et son port, des photos de l’époque du miracle économique japonais, ainsi qu’une intéressante collection de toiles postimpressionistes, cubistes ou surréalistes réalisées par Cézanne, Matisse, Picasso, Dalì ou encore Magritte… L’art contemporain n’est bien sûr pas oublié avec les peintures minimalistes de Lee Ufan ou les portraits pop de Yoshitomo Nara.
Une atmosphère cosmopolite
Disons-le franchement : une cité où les étrangers sont aussi présents dans la population qu’à Yokohama, c’est plutôt rare au Pays du Soleil Levant. Cette situation originale est pourtant facile à expliquer : le port de Yokohama a été le premier à s’ouvrir au commerce international suite au traité de Kanagawa, signé en 1854 avec les États-Unis.
Passer la publicitéSi les vestiges des anciennes concessions étrangères ont disparu, on trouve ici le plus grand Chinatown du Japon, quartier créé à la fin du XIXe siècle sous le nom de Chukagai. Quel plaisir de déambuler dans ces rues animées où dansent les lampions, éclairés d’une infinité de néons représentant des idéogrammes. Une fois passé l’impressionnante porte de Chōyōmon et admiré les temples du quartier, la plupart des visiteurs se mettent en quête des meilleurs dim-sum ou raviolis pékinois, à moins de préférer s’attabler dans un restaurant pour s’offrir un mapo tofu ou canard laqué préparé dans les règles.
