«Nous vivons tout à 200 %» : dans le désert, ces aventures qui changent la façon de voyager
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DÉCRYPTAGE - Dans le désert, qu’il s’agisse de rallyes ou de marathons, l’expérience va bien au-delà du simple défi sportif. Entre immersion dans des paysages sans fin et rupture avec le quotidien, ces périples proposent une autre façon de découvrir le monde.
Passer la publicité Passer la publicitéIl n’y a plus de route, plus de réseau, parfois même plus de repères. Juste une boussole, une carte et un cap. Dans le désert marocain, certains ne viennent plus contempler le paysage, mais le traverser, à pied ou au volant. Une manière de voyager, qui séduit chaque année des milliers de participants prêts à troquer le confort contre l’intensité.
«Nous ne traversons pas le désert, nous sommes obligés de le lire.» Pour Dominique Serra, fondatrice du Rallye Aïcha des Gazelles, tout est là. Depuis 35 ans, son rallye repose sur un principe inchangé : pas de vitesse, pas de GPS, mais une navigation à l’ancienne, à la carte et à la boussole, exclusivement féminine. Une philosophie que l’on retrouve, sous d’autres formes, dans des événements comme le 4L Trophy ou les raids amateurs : faire du voyage une expérience active. «Les participants veulent être acteurs», confirme Géraldine Rey, directrice du 4L Trophy, un rallye-raid solidaire reliant la France au désert marocain à bord de Renault 4L.
Une immersion loin du tourisme classique
Pour ceux qui s’y engagent, la rupture est immédiate. Nicolas Jean-Baptiste, 23 ans, se souvient de son Marathon des Sables : «En tourisme classique, nous n’avons pas le temps de nous imprégner de ce que nous voyons. Là, nous vivons tout à 200%.» Pendant plusieurs jours, il parcourt près de 250 km dans le Sahara en autosuffisance, avec 11 kilos sur le dos, aux côtés d’environ 800 participants. Le désert se découvre dans la durée, l’effort et la répétition. «Il faut être capable de tenir des heures en voyant la même chose», explique-t-il.
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Séjours de nos partenaires
Même ressenti chez les participants du 4L Trophy. Pour Clément et Zachary, qui ont dévoilé le 29 avril un film du nom d’Odyssée sur Youtube retraçant leur périple lors de l’édition 2025, ce n’est pas la longueur du parcours qui marque le plus, mais l’intensité d’une immersion dans des conditions extrêmes. «Le sable, la poussière, les nuits glaciales… la température est descendue jusqu’à -5 °C, c’était l’une des pires nuits de notre vie», raconte Clément. Un contraste brutal avec la chaleur du jour, qui transforme l’expérience en véritable épreuve physique et mentale. «Avant tout, c’est un challenge», résume-t-il.
Le silence du désert
Ce qui frappe d’abord les participants, c’est le silence. «Aucun bruit, pas même un oiseau», se souvient Nicolas. Une sensation partagée par Axelle et Astrid, créatrices de contenu ayant participé au Twing Raid, raid solidaire de 10 jours en Renault Twingo 1 à travers le Maroc : «On était des centaines, mais on se sentait seules au monde.»
Dans cet environnement, les repères vacillent. «Nous perdons complètement la notion du temps», expliquent Clément et Zachary. Privé de rythme urbain, le quotidien se cale sur le soleil : «Nous nous levions avec lui et nous arrêtions la voiture à la tombée de la nuit». Nicolas évoque une perte des repères temporels et visuels, qui peut mener à une forme de méditation : «On fait beaucoup d’introspection dans le désert.» Axelle et Astrid résument : «Perdre la notion du temps, c’est ce qui fait du bien».
À cela s’ajoute l’immensité. Dunes, plateaux, étendues minérales à perte de vue, souvent sans trace humaine. «Des kilomètres de vide», décrit Zachary. Clément évoque des paysages dignes du cinéma, mais en bien plus impressionnants. «On se sent minuscule, presque insignifiant.» ajoute-t-il.
Une aventure qui transforme
Beaucoup évoquent une expérience intérieure forte. «C’est une page blanche, on se retrouve face à soi-même», analyse le marathonien. Dominique Serra parle d’«aventure transformatrice» : le désert oblige à gérer l’effort et l’imprévu. Pour certains, cette dimension est centrale. Axelle Masson, habituée du Rallye des Gazelles, y voit un retour aux sources : «J’ai retrouvé mes racines.» Chaque année, elle choisit de dormir à la belle étoile, «au plus près de cette terre».
Mais cette transformation ne s’arrête pas à l’expérience vécue sur place. Elle s’inscrit dans la durée. La directrice du 4L Trophy, observe des changements concrets chez les participants, âgés de 18 à 28 ans, à leur retour : «Ce n’est même pas moi qui le dis, ce sont des mamans qui m’ont écrit pour me dire : “Qu’est-ce que vous avez fait à mon fils ? Il est transformé”» Au-delà de l’anecdote, elle souligne un apprentissage essentiel : la capacité à faire face aux difficultés. «Ils voient que, malgré les imprévus, ils ont la capacité de s’adapter.» Dans le désert, chaque panne, chaque erreur d’orientation devient une épreuve à surmonter. Une manière, finalement, de devenir «un peu plus débrouillard.»
Un lien entre les participants
Cette quête explique la fidélité des participants. Betty Kraft, 59 ans, a pris part vingt fois au rallye. «C’est ma parenthèse. Pas de téléphone, pas de contraintes.» Même constat pour Nicolas : «Sur le camp, on n’avait rien d’autre à faire que discuter.» Une simplicité qui favorise les liens. Car ces aventures sont aussi collectives. Axelle et Astrid parlent d’une «grande famille», où «les barrières sociales disparaissent».
«Les gens ont envie de sincérité», observe Dominique Serra. «De retrouver des choses naturelles qu’ils ont oubliées.» Il ne s’agit plus seulement de se laisser porter, mais de s’impliquer pleinement et de choisir son parcours. Comme le résume Nicolas Jean-Baptiste : «Ce n’est pas une course, c’est une aventure.» Une aventure qui n’est pas donnée à tout le monde : comptez environ 3000 euros, seulement, pour l’inscription.
En image - Le Maroc, du grenier de Timliline, en passant par les dunes du Camp de l’Acacia et la faune de l’Anti-Atlas.
Au Maroc, voyage aux confins du Sahara
