Un rhum agricole français de 1940 devient le plus cher jamais proposé à la vente
Ce rhum agricole daté de 1940, devenu le plus cher jamais proposé, est serti dans une bouteille unique en pâte de verre et agrémenté de diamants cultivés en laboratoire. Il est surtout le symbole de l’excellence française dans le luxe.
Passer la publicité Passer la publicitéÀ quoi peut bien servir un rhum à 130 000 euros dévoilé ce jeudi 5 février par la distillerie Longueteau ? Surtout lorsque le flacon est parsemé d’or (113 grammes) et de diamants (34 carats) et qu’il n’a été produit qu’en un seul exemplaire ? Réponse : de symbole. Un symbole fort, très fort même, de la qualité du rhum agricole. Longtemps considéré comme moins prestigieux que le cognac ou le whisky, le rhum produit dans les DROM (Martinique, Guadeloupe, Réunion et Guyane) à partir de la distillation du jus de canne à sucre, a depuis une vingtaine d’années, opéré une fantastique montée en gamme, qui le place désormais en pole position aux côtés des autres eaux-de-vie d’exception, et d’être considéré comme un produit de luxe. Un symbole du savoir-faire guadeloupéen en termes de rhum, puisque c’est un jus de l’île papillon, qui vient chiper la place du millésime de 1966 commercialisé par les Martiniquais de Clément en partenariat avec la Maison Tournaire pour 100 000 euros en 2017.
Et ce n’est pas un hasard non plus si c’est la distillerie Longueteau, qui fête ses 130 ans d’existence, a fourni le liquide. En l’occurrence, un rhum distillé en 1940 par le grand-père de l’actuel dirigeant, François Longueteau, avec des techniques et des appareils de distillation qui ont depuis radicalement changé. Il a ensuite vieilli quinze ans en fûts avant d’être transféré en bouteilles cachetées à la cire pour stopper le vieillissement (et la part des anges). C’est donc un véritable morceau d’histoire, témoin de qui était le rhum dans les années 1940.
Passer la publicitéDes rhums de terroir
Mais que vaut-il en dégustation ? On ne le saura pas, car il n’existe qu’un flacon de ce rhum et vu le prix, on ne l’a pas ouvert pour nos beaux yeux. Il faudra donc croire François Longueteau sur parole lorsqu’il nous dit qu’il «le considère comme le meilleur rhum vieux que j’ai jamais goûté, un plaisir unique encore meilleur que les autres millésimes très vieux que nous possédons, comme le 1926 ou le 1928.» Fondée à Sainte-Rose en 1895 par la famille Longueteau, la distillerie est aujourd’hui dirigée par les quatrième et cinquième générations, et s’est imposée comme une des meilleures des Antilles et des plus attachées au terroir.
Ses quelque 100 hectares de canne à sucre sont en effet divisés en parcelles, tantôt plantées d’une seule variété de canne, tantôt de plusieurs, ce qui permet à la maison de pousser très loin les expérimentations sur les rhums parcellaires, millésimés et mono variétaux. Elle a aussi été la première à commercialiser des rhums brut de colonne (cuvées Génésis) à 70 % et plus, et à les faire vieillir. Elle signe des rhums artisanaux, proches du terroir, sans édulcorants ou colorants, réalisés avec de la matière première cultivée sur place avec soin et dans le respect de la nature, selon un savoir-faire ancestral… La définition du luxe moderne en somme.
Un flacon entre tradition et modernité
Mais le symbole se trouve aussi dans le flacon lui-même, réalisé par l’artiste sculptrice sur verre Juliette Leperlier qui est la 4e génération à maîtriser la technique de la «pâte de verre», héritée de son arrière-grand-père, dans un troublant jeu de miroirs avec la maison Longueteau. Après un an de travail et huit essais, elle est parvenue à créer «la seule bouteille en “pâte de verre” existante en raison de la complexité de sa réalisation» en s’inspirant de la canne à sucre.
C’est pourquoi le flacon, très impressionnant à observer à l’œil nu, présente des effets de matière et d’opacité. Il fallait des bijoux d’exception pour orner cette œuvre d’art, et c’est la maison Odace qui a notamment choisi de travailler exclusivement avec des diamants cultivés en laboratoire (ce qui est indécelable à l’œil nu), pour un coût humain et écologique moindre, qui s’en est chargé. «Les diamants cultivés sont exactement semblables à de diamants extraits et sont devenus très à la mode aux USA, nous explique César Serruys qui a cofondé Odace avec Manon lanier. Pour les créer, on reproduit en laboratoire leurs conditions de formation dans la nature.»
Un concentré du savoir-faire français
L’heureux acquéreur de cette pièce unique aura donc en sa possession une œuvre d’art 100 % française, à la croisée de savoir-faire ancestraux et de l’innovation. Car ce rhum agricole à 130 000 euros est bel et bien à la vente, même si… «Si on le vend, c’est bien, car cela nous apportera de la trésorerie, mais si on ne le vend pas c’est bien aussi, confie François Longueteau. Il prendra place dans notre showroom et fera la fierté des générations futures à la tête de la distillerie.»
Passer la publicitéS’il vous est impossible d’acheter cette bouteille à 130 000 euros, vous pouvez toujours vous rabattre sur les deux très jolis rhums que Longueteau a lancés à l’occasion de ses 130 ans. La cuvée Terroir Unique, un rhum blanc parcellaire et mono variétal issu des millésimes 2022 et 2023 (70 cl – 58,9 % - 54 €). Et Signature Famille, un rhum fruit d’une récolte de cannes rouges, en provenance de la parcelle n° 11, effectuée en 2021 ayant vieilli quatre ans en ex-fûts de cognac (70 cl – 57,4 % - 65 €).
