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Notre critique de Backrooms : le labyrinthe stupéfiant de Kane Parsons

Par Etienne Sorin

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Chiwetel Ejiofor dans Backrooms de Kane Parsons. Asterios Moutsokapas

Le réalisateur américain transpose sa web-série sur grand écran, avec Chiwetel Ejiofor et Renate Reinsve. Un superbe cauchemar.

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Les Backrooms  de Kane Parsons n’ont pas grand-chose à voir avec celles de certains bars gays du Marais. Elles désignent un univers labyrinthique dans lequel se trouvent piégées plusieurs personnes. Un concept né et popularisé sur internet, avec des millions de vues sur YouTube. Après une web-série devenue virale, le créateur de contenu passe au long-métrage avec le soutien de A24, le studio américain qui n’a peur de rien (Midsommar, Everything Everywhere All at Once) et deux têtes d’affiche, Chiwetel Ejiofor (12 years a slave, Life of Chuck) et la Norvégienne Renate Reinsve, actrice fétiche de Joachim Trier (Julie en 12 chapitresValeur sentimentale ).

Backrooms se situe en 1990, bien avant internet. Clark (Ejiofor) est vendeur dans un magasin de meubles de la taille d’un hangar. Il dort sur un canapé au sous-sol depuis son divorce. Il consulte une psy, Mary Kline (Reinsve) qui l’aide à cesser de ruminer ses échecs – il est aussi un architecte raté. Une nuit, Clark découvre un portail invisible lui permet de traverser un mur, tel le passe-muraille de Marcel Aymé. Un passage qui donne sur un autre espace.

À lire aussi Kane Parsons : «Pour moi, Backrooms n’est pas un film d’horreur»

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« Une tumeur greffée à même la réalité »

Cet espace ressemble à un dédale sans fin, fait de couloirs, de pièces sans fenêtres dans lesquelles s’entassent parfois des meubles, de portes qui ne mènent nulle part, de demi-portes que l’on ne peut franchir qu’en rampant. Clark essaye de cartographier cet open space à la fois banal et bizarre, tapissé de moquette verdâtre, éclairé par des néons blafards au bourdonnement continu. Une porte débouche parfois sur des lieux déserts, piscine ou centre commercial. Clark parle de sa découverte à Mary Kline, sceptique. Il embarque son employée et le petit ami de celle-ci avec sa caméra pour apporter des preuves à sa thérapeute – Parsons dose parfaitement le recours au found footage, ces images tournées par les protagonistes, plus angoissantes encore.

Kline, inquiète de la disparition de son patient, part à sa recherche. Cette Alice, une fois de l’autre côté du miroir, s’égare à son tour au pays de ses propres démons. Plus qu’un décor, les backrooms sont un personnage en soi. Un espace physique et mental, tel le cerveau des personnages. Il matérialise leur inconscient, leur trauma. « Une tumeur greffée à même la réalité », selon les mots de Parsons. Ce paysage désolé apparaît aussi comme les vestiges d’une société de consommation et de loisir vouée à l’anéantissement.

On pense à la prison de Cube, thriller claustrophobique S.-F. On pense aussi à l’hôtel Overlook et son labyrinthe dans le Shining de Kubrick, métaphores de la folie de Jack Torrance. Malgré ces références, Backrooms, prototype énigmatique, ne ressemble à rien de connu. Le démarrage tonitruant du film aux États-Unis est d’autant plus étonnant que Parsons ne mâche pas le travail au spectateur. Il ouvre de nombreuses portes mais donne peu de clés, à rebours d’un cinéma actuel, américain ou non, le plus souvent explicatif et rétif à l’étrangeté. Comme Obsession, succès inattendu de Curry Baker, autre youtuber passé derrière la caméra, Backrooms annonce un regain du cinéma d’horreur. Dans un monde anxieux et troublé, de merveilleux cauchemars sont à espérer.

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