Tribune anti-Bolloré: Thierry Frémaux joue la carte de l’apaisement
Par Bertrand Guyard
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Silencieux jusqu’à maintenant, le délégué général du Festival de Cannes, revient dans un entretien accordé à la presse américaine sur l’affaire qui a bousculé cette 79e édition.
Passer la publicité Passer la publicitéIl aura fallu deux semaines de réflexion à Thierry Frémaux pour qu’il dise ce qu’il pense de la «Tribune anti-Canal +» qui a défrayé la chronique de Cannes 2026. Dans un entretien accordé à nos confrères américains de Variety le délégué général du Festival est donc revenu sur la controverse créée par la pétition visant Vincent Bolloré et Canal+. Il a souligné d’emblée que l’organisation en tant qu’institution, n’a pas pris part à cette bataille, même si la Croisette a servi d’amplificateur naturel au débat.
Sans se risquer à commenter le fond idéologique du texte de la pétition, il a fait part de ses réserves, pointant du doigt le vocabulaire choisi par certains signataires, notamment l’expression de « vision fasciste » qu’il juge disproportionnée. Il estime que ce mode de langage ne ferait «qu’attiser la violence». De caractère plus consensuel, Thierry Frémaux plaide pour une méthode moins brutale: «Il devrait être possible de dialoguer autrement».
Passer la publicitéThierry Frémaux n’oublie pas que des huées ont retenti lorsque les spectateurs lors des projections de gala ont vu le logo de Canal+ sur les écrans. Souhaitant visiblement l’apaisement, et adepte d’une forme de relativisme, il a déclaré non sans humour: « Certes, c’est vrai, mais ce n’était pas Mai 68!». Il a noté, à rebours, les applaudissements nourris pour les logos de France Télévisions, du CNC et les mentions des régions partenaires, qu’il interprète comme un geste de soutien au service public audiovisuel et, plus largement, comme une réponse à un climat français tendu où le cinéma a été très attaqué ces derniers mois.
«Engagement idéologique»
Pour le délégué général de Cannes, Vincent Bolloré ne cache pas son « ambition idéologique » en vue de la prochaine élection présidentielle. Selon lui il met ses journaux et ses chaînes de télévision au service de ce projet. Il reconnaît à l’industriel le droit d’agir ainsi, mais souligne que cette démarche pose des interrogations légitimes dès lors qu’elle déborde la seule logique des affaires: «Cela soulève des questions pour beaucoup, car il ne s’agit plus simplement d’affaires, mais d’un engagement politique. Ceux qui s’y opposent ont également le droit de le faire».
Enfin, interrogé sur les déclarations de Maxime Saada, président du directoire de Canal+, qui a affirmé ne plus vouloir travailler avec les signataires de la pétition, Thierry Frémaux réaffirme «l’attachement du Festival à la liberté d’expression de toutes les parties : celle des signataires, celle de Canal+ et celle de son dirigeant». Il se dit convaincu que, malgré les tensions actuelles, l’avenir du cinéma français se construira collectivement, avec Canal+ et ses équipes, dont il rappelle qu’elles ont longtemps été exemplaires. Elles ne sont et ne doivent, selon lui, être visées par personne.
