«Sous l’emprise de l’alcool»: ne faites plus la faute !
Par V.L.
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Elle passe comme une lettre à la poste, et pourtant, l’expression est fausse. La rédaction revient sur le bon usage de ces paronymes.
Passer la publicité Passer la publicité«L’homme, sous l’emprise de l’alcool, aurait perdu le contrôle de son véhicule.» L’expression revient comme un refrain dans les récits de faits divers, les tribunaux ou les bulletins radio. Le Code de la route cingle quant à lui le fait de «conduire un véhicule sous l’empire d’un état alcoolique». Quel terme faut-il préférer ? Il y a de ces tournures que l’on croit indiscutables, tant elles sont passées dans l’usage courant. Et pourtant ! Lorsqu’on parle d’alcool ou autres substances, un seul mot fait loi : celui «d’empire».
Revenons à leurs significations respectives. En bon français, on est «sous l’emprise» d’une personne, d’un ascendant moral ou psychologique, souvent pernicieux. L’emprise d’un gourou, d’un pervers narcissique, d’une passion toxique. Il s’agit d’une domination insidieuse, venue de l’ancien verbe emprendre, « entreprendre une action », lui-même issu du latin imprendere, «saisir». Le Trésor de la langue française définit le mot comme «l’ascendant intellectuel ou moral exercé par quelqu’un ou quelque chose sur un individu», plus rarement une contrainte physique.
Passer la publicitéUne contamination sémantique ?
«Empire», à l’inverse, renvoie à une autorité souveraine, impersonnelle. On est «sous l’empire de la loi», «sous l’empire d’une émotion», «sous l’empire de l’alcool» : autrement dit, soumis à une force qui dépasse momentanément notre volonté. L’expression suggère une perte de contrôle, mais sans qu’un autre être humain en soit la cause. Elle évoque un état, non une emprise.
Le glissement de «empire» vers «emprise» dans les faits divers et le langage courant est relativement récent. On en retrouve les premières occurrences dans les années 1990. Peut-être faut-il y voir une contamination sémantique, les deux mots étant proches, ou le résultat d’un goût contemporain pour les formules plus dramatiques. «Emprise» frappe plus fort. «Empire» n’est-il pas plus nuancé?
Pour les cinéphiles, un moyen mnémotechnique peut aider à ne plus se tromper. L’Empire des sens, chef-d’œuvre érotique de Nagisa Oshima sorti en 1976, raconte une passion charnelle poussée jusqu’au meurtre. L’Emprise de Satan (The Wicker Man, 1973), film de Robin Hardy, met en scène l’enquête d’un policier chrétien dans une île gouvernée par des rites païens. Deux titres bien différents, qui peuvent vous aider à vous y retrouver.
