Euroméditerranée, ce projet d’aménagement qui revitalise Marseille
Par Nicolas Farmine, Le Figaro Marseille
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RÉCIT - L’établissement public d’aménagement, lancé en 1995 par l’État et les collectivités territoriales, a contribué à redynamiser le cœur de la Cité phocéenne. 480 hectares sont concernés par cette opération d’intérêt national.
Passer la publicité Passer la publicité« C’est la reconstruction d’une ville qui s’est réconciliée avec son port », résume Sandra Chalinet, présidente du club de l’immobilier Marseille-Provence, à propos du projet Euroméditerranée. L’établissement public d’aménagement (EPA), né dans la Cité phocéenne en 1995, est un exemple de réussite en matière de revitalisation des territoires.
Pas moins de 480 hectares de terrains proches du littoral, tombés en décrépitude à la fin du siècle dernier, sont concernés par cette opération d’intérêt national (OIN) ayant abouti à la création d’un quartier d’affaires. Le projet, qui a commencé par la rénovation des docks de Marseille le long de l’A55, se poursuit aujourd’hui aux portes des quartiers nord de la deuxième ville de France avec la livraison à venir du parc du ruisseau des Aygalades.
Passer la publicitéUn pari économique, immobilier et politique noué sur fond d’entente entre collectivités territoriales, réunies autour de la main de l’État dans l’optique de donner un second souffle à cet ancien quartier industriel frappé par les crises économiques successives et la transformation de son port. « C’était le poumon économique de Marseille », rappelle Judith Aziza, historienne spécialiste de la ville, au Figaro.
Entente jusqu’au plus haut sommet de l’État
« Le périmètre avait été urbanisé et des usines s’y étaient déployées dès la seconde moitié du XIXe siècle. Mais le quartier était tombé en déshérence au cours des années 1970 et 1980 avec la perte de vitesse de son port liée aux décolonisations successives ainsi qu’aux chocs pétroliers. Marseille perdait alors ses habitants et les usines fermaient les unes après les autres », retrace l’historienne, qui a travaillé en collaboration avec la direction d’« Euromed » sur une exposition pour l’anniversaire des 30 ans du projet en 2025.
L’avenir de cet « espace en souffrance » avait finalement pris un tournant au début des années 1990 avec le rachat des docks par la société d’administration et de réalisation d’investissements (Sari) de Christian Pellerin. « Il avait décidé d’en faire un centre d’affaires. De son côté, la mairie et son édile Robert Vigouroux (PS) souhaitaient redynamiser le quartier. C’est lui qui a porté le projet, le plus vaste plan d’urbanisme d’Europe du Sud, au niveau de l’État », soutient Judith Aziza, évoquant la « volonté conjointe » des pouvoirs publics locaux et de l’État de réaménager les lieux.
« C’était un projet éminemment politique, fruit d’un accord fabriqué par Édouard Balladur et bien ficelé par Robert Vigouroux. La feuille de route avait toutefois bien failli mal finir, car Jacques Chirac (alors président de la République, NDLR) a voulu supprimer Euromed », se remémore auprès du Figaro Renaud Muselier, président Renaissance de la région Paca et premier président d’Euroméditerranée.
Création de bureaux et de commerces
« Le premier accord portait sur l’aménagement de 310 hectares de centre-ville, du port jusqu’à la gare Saint-Charles, en passant par le quartier de la Belle de Mai, qui s’était transformé en friches. Les appels d’offres se sont ouverts et des architectes sont arrivés. On a aménagé les docks, refait les quais et restructuré la totalité du flux maritime », ajoute l’homme politique.
Passer la publicité« C’est un projet de territoire qui a changé Marseille et tire sa réussite par sa modalité de gouvernance. Il n’a pas été l’otage des évolutions politiques et repose sur le soutien de l’État et des fonds européens », détaille-t-il en évoquant un « effet de bras de levier permanent » drainant dans son sillage une série de travaux aux financements publics et privés : la réhabilitation de l’esplanade de la Major, le réaménagement de la place de la Joliette ou la construction du centre commercial des Terrasses du Port. « Il y a une synergie évidente entre le public et le privé. L’un n’aurait pas pu le faire sans l’autre », explique Judith Aziza.
Accompagné par l’essor des transports en commun, l’espace public marseillais s’est transformé et a vu fleurir nombre de bureaux et de commerces au début des années 2000. Une situation jugée autrefois impensable. « Euroméditerranée a modifié la face de l’entrée de ville. Avant, on passait à côté de ces endroits uniquement par l’autoroute. On traversait le quartier, mais on ne s’y arrêtait pas », assure Sandra Chalinet, ancienne directrice des Terrasses du Port.
La ville a renoué avec son port
Sandra Chalinet, présidente du club de l’immobilier Marseille-Provence
« Tout un quartier s’est complètement transformé. Des entreprises comme CMA CGM ont installé leurs bureaux suite à la réhabilitation de très grands plateaux, formant la “skyline” marseillaise. Puis, le résidentiel est arrivé avec des habitants qui n’avaient jusque-là plus accès à la mer. De grands architectes ont été mobilisés pour créer le Mucem et la tour La Marseillaise (respectivement Rudy Ricciotti et Jean Nouvel, NDLR). La ville a renoué avec son port », explique la présidente du club de l’immobilier Marseille-Provence.
Trente ans après son lancement, le projet continue son développement via son extension Euroméditerranée 2, qui étend le champ de compétence de l’établissement public à 170 hectares. L’objectif est de créer un « espace de convergence » reliant le centre-ville aux quartiers nord.
« On a mis à peu près trente ans pour réaliser cela. Tout était écrit dès le départ, et ce ne sera jamais terminé. La présidence d’Euroméditerranée doit désormais tracer un nouveau projet pour les trente ans à venir », juge Renaud Muselier, dont le conseil régional prévoit d’investir 360 millions d’euros dans l’EPA jusqu’en 2040. Selon Euroméditerranée, plus de 10 000 logements neufs et 780 000 mètres carrés de bureaux avaient été livrés dans le secteur fin 2025.
