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Covid-19 : BQ.1.1, BF.7, XBB.1.5... Pourquoi les nouveaux variants n'ont-ils pas de nom plus précis ?

Par  Louis Valleau

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Les noms de «BQ.1.1», «BF.7» et «XBB.1.5» sont beaucoup utilisés récemment pour désigner les sous-variants du Covid-19 qui circulent. ktsdesign / stock.adobe.com

DÉCRYPTAGE - Depuis juin 2021, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) utilise des lettres grecques pour désigner les principales lignées du Covid-19. Or ce n'est pas le cas pour les derniers variants en circulation.

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«BQ.1.1» en France, «BF.7» en Chine, «XBB.1.5» aux États-Unis... Les différents noms des variants du Covid-19 circulant actuellement dans le monde ont de quoi nous perdre. «Il faudrait reprendre des appellations plus adaptées pour le public», suggérait à ce propos dans Le Figaro  Mircea Sofonea, épidémiologiste et maître de conférences dans l'unité PCCEI de l'université de Montpellier, alors interrogé sur le sous-variant «XBB.1.5» qui prend de l'ampleur aux États-Unis. Pourquoi la communauté scientifique fait-elle le choix d'une nomenclature aussi obscure pour les profanes ?

Ces variants-là, comme tous ceux circulant actuellement, «descendent du variant Omicron», rappelle tout d'abord au Figaro Florence Débarre, chercheuse en biologie évolutive au CNRS.

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Utilisation de l'alphabet grec

Pour comprendre la non-attribution de lettres grecques aux souches actuelles, il faut remonter au début de la pandémie. À l’origine, les variants étaient nommés en fonction de leur lieu de détection («variant anglais», «variant sud-africain», «variant brésilien», ...). Le 31 mai 2021, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé qu'elle utiliserait désormais des lettres grecques pour désigner les variants du Covid-19. Le but était d'avoir des noms «faciles à prononcer et à retenir», mais aussi d'éviter que le grand public et les médias utilisent des appellations «stigmatisantes et discriminatoires» faisant référence au lieu où les premiers cas de variants ont été détectés, avait expliqué l'OMS.

À lire aussi Covid-19 : et si le «pire variant» se trouvait en fait aux États-Unis ?

Une nouvelle lettre grecque est attribuée à chaque nouveau variant jugé comme préoccupant et suffisamment différent des variants en circulation (Alpha, Beta, Delta, Omicron...). Sur son site, l'OMS définit un variant préoccupant comme un variant «associé à un ou plusieurs changements, qui ont une certaine importance pour la santé publique au niveau mondial». L'OMS liste ainsi trois changements : «augmentation de la transmissibilité», «augmentation de la virulence» et «diminution de l'efficacité des mesures de santé publique et des mesures sociales».

Concernant les sous-variants actuels, la réponse reste la même. L'OMS indique au Figaro qu'«une nouvelle étiquette, c'est-à-dire une nouvelle attribution d'un variant préoccupant, serait donnée s'il existait un variant suffisamment différent dans son impact sur la santé publique, et qui nécessiterait un changement dans la réponse de santé publique.» Ce qui n'est pour l'heure pas le cas.

À lire aussi Covid-19 : la puissante vague épidémique en Chine pourrait-elle affecter la France et l'Europe ?

«Actuellement, nous restons dans la dynastie Omicron, insiste Florence Débarre. BA.2 et BQ.1.1 [respectivement responsables de la sixième et de la neuvième vague en France, NDLR] ont des propriétés similaires». Contrairement à Delta et Omicron qui n'ont pas les mêmes caractéristiques. Omicron a pris le pas sur Delta fin décembre 2021. «Delta et Omicron ne viennent pas de la même branche de l'arbre généalogique, ils sont clairement différents», appuie Florence Débarre. Même si l'ensemble des variants du Covid-19 possède la même souche originelle du virus comme «ancêtre commun».

Un arbre généalogique

Alors d'où viennent les lettres et les chiffres aujourd'hui utilisés ? Du système Pango, mis en place en 2020 par un groupe de chercheurs britanniques et utilisé par les scientifiques avant même que les lettres grecques ne soient employées pour le Covid. «Le principe fondamental, c'est que les noms des lignées représentent l'ascendance et la descendance», expliquait en juin 2021 à National Geographic Oliver Pybus, biologiste spécialiste de l'évolution à l'université d'Oxford, qui a participé à la conception de Pango. Ce dernier peut être lu comme un arbre généalogique du Covid-19. Chaque branche correspond à une lignée. «Cela permet de tracer les différentes générations de lignées de virus», justifie Florence Débarre.

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Les lignées Pango fonctionnent avec une lettre, suivie de chiffres. Un point sépare les lettres des chiffres et les chiffres entre eux. Originellement, il existait deux grandes lignées du Covid-19, nommées «A» et «B». Seuls des variants issus de la lignée «B» circulent aujourd'hui. Ainsi, «B.1» descend de «B». «B.1.1.1» est, lui, issu de «B.1.1», qui provient lui-même de «B.1». Suivant cette même logique, «BA.1», le premier variant Omicron qui a remplacé «Delta» fin 2021, est un cousin de «BA.2» ou encore de «BA.5», responsable des septième et huitième vagues en France.

À lire aussi Une nomenclature simplifiée pour les variants du Covid

Les lignées Pango ne peuvent pas disposer de plus de trois points. Si trop de chiffres devaient s'ajouter, une nouvelle lettre viendrait les remplacer. Par exemple, le nom originel de «BQ.1.1», qui descend donc de «BQ.1», est «B.1.1.529.5.3.1.1.1.1.1.1.1». À noter que «BQ.1.1» est issu de la lignée de «BA.5». «B.1.1.529» correspond, lui, au véritable nom du premier variant Omicron. Les nouvelles lettres sont données par ordre alphabétique, en fonction de la date d'apparition des sous-variants.

Le X de «XBB» est utilisé pour désigner les recombinants, ces variants issus de la combinaison de deux souches comme «XBB.1.5». «XBB.1.5» est donc issu de la lignée de «XBB.1», mais «il dispose d'une mutation clé que la lignée parente n'avait pas, explique Florence Débarre. De la même manière, une nouvelle lignée apparaît lorsque plusieurs mutations surviennent, ou lorsqu'une mutation unique est suffisamment importante.

Si le virus change complètement, la première lettre peut aussi changer. Le variant gamma, détecté pour la première fois au Brésil, s'appelait ainsi P.1, alors qu'il descendait de «B.1.1.28» et que son nom aurait donc pu être «B.1.1.28.1».

Des créatures mythologiques ?

Ce système Pango sert de langage commun à tous les scientifiques. Pour favoriser la compréhension par tous, certains scientifiques utilisent sur les réseaux sociaux des noms de créatures mythologiques. «BQ.1.1» a ainsi été surnommé «Cerbère» - chien à trois têtes gardant la porte des Enfers, «BF.7» «Minotaure» - créature mi-homme et mi-taureau - et «XBB.1.5» «Kraken» - monstre marin doté de plusieurs tentacules. «Les appellations mythologiques existent depuis longtemps, ce n'est pas nouveau», commente Mircea Sofonea.

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Pourtant, ces nouvelles appellations ne font pas l'unanimité. «Ces noms n'ont pas de base scientifique, ils ont été inventés sur Twitter», réagit Florence Débarre. «Ce qui me dérange, c'est que ce sont des monstres mythologiques, qui peuvent alarmer inutilement» le grand public, déplore-t-elle.

À lire aussi Thierry Wolton: «Les véritables raisons de l’abandon de la politique “zéro Covid” en Chine»

En septembre 2021, l'OMS avait dit réfléchir à utiliser des noms de constellations pour les futurs variants. Sans aller plus loin.

À VOIR AUSSI - Covid-19: faut-il s'inquiéter du variant BQ 1.1 ?

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4 commentaires
  • Paul Emiste

    le

    Il n´y a pas assez de lettres dans l´alphabe pour tous les variants.

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