Procès du clan Yoda à Marseille : Félix Bingui condamné à 12 ans de prison
Par Nicolas Farmine, Le Figaro Marseille
à vos sources préférées
- Lire dans l’app
-
Nouvelle fonctionnalité !
Avec votre compte, vous pouvez désormais sauvegarder des articles pour les lire plus tard sur tous vos appareils.
Sauvegarder un article
Pour sauvegarder un article vous devez être connecté, vous pourrez ainsi les consulter sur tous vos appareils.
-
Lien copié
Le chef « incontestable » du clan Yoda a également écopé d’une amende de 200 000 euros pour son implication dans un vaste trafic de stupéfiants implanté dans les quartiers nord. Plusieurs de ses complices ont aussi été condamnés.
Passer la publicité Passer la publicitéFélix Bingui, désigné par la justice comme le « chef incontestable » du clan Yoda, a été condamné ce vendredi 5 juin à 12 ans de prison, assortis d’une amende de 200 000 euros et d’une interdiction de paraître dans les Bouches-du-Rhône par la septième chambre du tribunal correctionnel de Marseille. Le narcotrafiquant, interpellé au Maroc en mars 2024, était jugé pour son implication dans un vaste réseau de stupéfiants implanté dans les quartiers nord de la cité phocéenne.
Le procès, qui a duré trois semaines, constituait l’une des premières étapes judiciaires du « Chat » et son clan, décimé il y a trois ans après être entré en guerre contre la DZ Mafia. Les membres restants, éparpillés en France et à l’étranger, avaient été interpellés tour à tour par les autorités et renvoyés devant la juridiction des chefs de trafic de stupéfiants en bande organisée, d’association de malfaiteurs ou encore de blanchiment. 16 ans de prison et 500 000 euros d’amende avaient été requis contre Félix Bingui par le ministère public. Né en 1990 à Alès, il encourait jusqu’à 20 ans d’emprisonnement étant en état de récidive légale pour certaines infractions.
Passer la publicité19 prévenus étaient convoqués devant le tribunal correctionnel aux côtés de leur ancien patron, certains dans le box vitré et la plupart sur les bancs du tribunal car placés sous contrôle judiciaire. Deux d’entre eux, actuellement en fuite, font l’objet d’un mandat d’arrêt en plus de leur condamnation. C’est notamment le cas de Zine-Eddine Belkai, dit « Zino », l’un des lieutenants de Félix Bingui que l’on dit en fuite au Maghreb. S’il est interpellé et extradé, il écopera de huit ans de prison et devra s’acquitter d’une amende de 50 000 euros.
Le « bras droit » de Félix Bingui condamné
Le « bras droit » de « Féfé », Mohamed Hussein Saleh, alias « Pirate », a quant à lui été condamné à une peine de neuf ans d’emprisonnement, assortis d’une amende de 50 000 euros. Celui que la justice considère comme le « numéro 2 » du clan Yoda - par ailleurs absent ce vendredi après-midi au moment du délibéré - n’a cessé de nier son appartenance à l’organisation criminelle, qui possédait jusqu’à 2023 le très juteux point de deal de La Fontaine, en contrebas de la cité de La Paternelle.
Fruit d’alliances entre ce point de vente et plusieurs autres cités des quartiers nord, le clan Yoda engrangeait d’importantes sommes d’argent et était notamment l’un des seuls clans marseillais capables d’importer de la résine de cannabis pendant la période du Covid-19 du fait de ses connexions avec de nombreux intermédiaires en Espagne et le Maroc. Félix Bingui, qui avait fait ses gammes de délinquant dans la « bande des Carmes » dans les années 2010, avait graduellement évolué vers le trafic de drogue avec plusieurs amis et anciens associés pour former le clan Yoda. Son casier judiciaire, avant le début de ce procès, comportait déjà 13 mentions.
À son apogée, le clan dépensait sans compter en France à l’étranger, et notamment à Dubaï, où Félix Bingui et ses sbires investissaient et faisaient blanchir le fruit de leur activité. Des écoutes captées au cours d’une longue enquête de l’Office anti-stupéfiants (Ofast) ont révélé que certains membres dépensaient jusqu’à 300 000 euros par semaine aux Émirats arabes unis. « Il apparaît dans ce dossier dans un rôle de dirigeant de trafic de stupéfiants, en capacité de gérer son réseau depuis l’étranger, il a persévéré dans la délinquance malgré les peines de prison, avec une montée en puissance et l’acquisition de moyens », avait déclaré le ministère public à l’audience. L’avocat de Félix Bingui, Me Philippe Ohayon, avait lui dénoncé un réquisitoire « politique » à l’encontre de son client.
La chute vertigineuse d’un caïd marseillais
L’ascension du clan Yoda s’était toutefois heurtée à l’appétit dévorant de la naissante DZ Mafia, emmenée par un autre puissant narcotrafiquant, Mehdi Laribi, aujourd’hui soupçonné d’avoir rallié à sa cause plusieurs autres criminels pour former l’organisation criminelle désormais hégémonique à Marseille. La puissance de feu de la « DZ », capable de mobiliser de redoutables tueurs à gages, avait eu raison de l’organisation de « Félix ». Le conflit armé, dont la DZ Mafia est sortie victorieuse, est à l’origine d’une cinquantaine d’homicides ou de tentatives d’homicide dans l’agglomération marseillaise.
Passer la publicitéÉchappant à une tentative d’assassinat en Andalousie, Félix Bingui avait pris la fuite au Maroc, avant d’être interpellé en 2024 par les autorités locales et de faire l’objet d’une extradition vers la France l’année suivante afin d’être incarcéré à la prison de Vendin-le-Vieil. La chute du caïd marseillais se poursuit malgré la fin de ce procès, puisque son marathon judiciaire ne fait que commencer. « Le Chat » est également mis en examen dans le cadre d’une information judiciaire ouverte pour des faits de complicité de tentative d’assassinat et de direction de groupement ayant pour objet une activité illicite liée aux stupéfiants.
Les autres membres du clan ont écopé de peines d’emprisonnement allant de 12 mois à six ans d’emprisonnement, mais quatre d’entre eux ont été relaxés. À l’issue du délibéré, le tribunal a notamment ordonné la confiscation d’un appartement acquis par Félix Bingui aux Émirats arabes unis. « Ce que nous retenons, c’est que cette juridiction a encore une fois démontré son indépendance. C’est un bijou d’avoir des juges indépendants des pressions politiques et des pressions (venant) parfois du ministère public », a réagi Me Ohayon, qui n’a pas encore précisé si son client entendait faire appel, la peine prononcée étant inférieure aux réquisitions.
