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«Ordinateur», «seul-en-scène»... La revanche du français sur l’anglais

Par Romain Ferrier

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Tour d’horizon de cinq mots français qui ont gagné la bataille contre l’anglais. Antonioguillem / ADOBE STOCK

Quelques mots bien français ont su tenir tête à leurs rivaux anglo-saxons, et s’imposer durablement dans notre quotidien.

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Le français capitulerait-il sans combattre face à l’anglais ? Les «meetings», «smartphones» et autres «startups» semblent avoir envahi nos conversations. Pourtant, la langue française résiste malgré tout, comme en témoignent certains vocables présents dans notre quotidien. Car si les anglicismes prolifèrent dans certains secteurs, comme la finance, les jeux-vidéo ou les nouvelles technologies, il existe des mots français qui ont su, contre toute attente, déloger leurs concurrents anglo-saxons. Tour d’horizon.

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«Ordinateur», et non «computer»

C’est l’une des plus belles réussites de la langue française du XXe siècle. En 1955, alors qu’IBM s’apprête à lancer sa première machine commerciale sur le marché français, la firme américaine sollicite Jacques Perret, éminent latiniste et professeur de philologie à la Sorbonne, pour trouver un nom français à cet engin encore mystérieux. Le savant propose «ordinateur», du latin «ordinator», celui qui met de l’ordre, qui organise. Le mot est adopté, et marque une exception française, les pays anglophones, hispanophone, germanophone et italophone ayant choisi «computer» (ou un dérivé). Le terme «ordinateur» n’a d’ailleurs jamais été concurrencé sérieusement en France.

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«Seul-en-scène», et non «one-man-show»

Le «one-man-show» a longtemps régné en maître dans les pages des journaux (y compris au Figaro) et les programmes des salles de spectacle. Pourtant, depuis une quinzaine d’années, une expression française a entrepris de le détrôner : le «seul-en-scène». Née dans le milieu théâtral, cette formule a le mérite d’être explicite puisqu’elle s’applique indifféremment à un homme ou à une femme, là où le «one-man-show» inclut lexicalement que les hommes.

Le ministère de la Culture a officiellement recommandé son usage, et les journalistes du monde de la scène l’ont progressivement adopté. On le retrouve désormais dans les programmes du Festival d’Avignon, dans les critiques des grands quotidiens ainsi que dans les dossiers de subvention des compagnies. La bataille n’est pas tout à fait gagnée, «one-man-show» persistant toujours dans le langage courant, mais le mouvement est enclenché.

«Logiciel», et non «software»

Créé en 1973 par Philippe Renard, ingénieur à la Délégation générale à l’informatique, le mot «logiciel» est l’un des exemples les plus cités lorsqu’il s’agit d’évoquer les néologismes français efficaces. Construit sur «logique» et le suffixe «-iel», calqué sur «matériel», ce terme a non seulement supplanté «software» en France, mais a aussi été adopté par l’ensemble de la francophonie.

La loi Toubon de 1994, qui impose l’usage du français dans les communications officielles et les documents professionnels, a consolidé son implantation. Aujourd’hui, peu de personnes usent du mot «software» dans une conversation, à l’exception peut-être des programmeurs et informaticiens, qui l’emploient comme sociolectes.

«Mondialisation», et non «globalisation»

Le débat a agité les rédactions et les salles de classe pendant de nombreuses années. «Globalisation» ou «mondialisation» ? Le «phénomène d’ouverture des économies nationales sur un marché mondial» (Le Robert) s’est d’abord aligné sur la terminologie internationale, à savoir l’anglais «globalization», avant d’adopter une version francisée.

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Le français a finalement tranché en faveur de «mondialisation», et les institutions françaises, les économistes, les géographes et les journalistes ont progressivement adopté ce terme dans leur vocabulaire. Aujourd’hui, «globalisation» est d’ailleurs perçu en France comme un anglicisme évitable.

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«Abonné», et non «subscriber»

Alors que les plateformes numériques américaines envahissent notre quotidien, la tentation était grande de laisser entrer «subscriber» dans le vocabulaire courant. YouTube, Netflix, Spotify parlent de «subscribers», mais leurs interfaces françaises se sont rapidement adaptées pour proposer le terme «abonnés». Il désigne ainsi une personne qui «possède un abonnement» (Le Robert), ou une personne qui suit sur les plateformes numériques une autre personne, un média, un influenceur etc. Selon Le Littré, «abonné» vient du bas latin «abonare» signifiant étymologiquement «mettre des bornes». Un mot des plus appropriés face à la langue de Shakespeare, qui ne cesse de dépasser lesdites bornes.

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10 commentaires
  • Argol 1

    le

    S'agit-il d'un article écrit en 1988? Tous les mots nouveaux depuis 20 ans sont anglais. Aux oubliettes le subtil "infox" à la place de "fake news"; personne ne pense à dire divulgâcher au lieu de "spolier"; même le classique "processus" a été étonnament arrêté dans sa tentative d'extension au monde de l'entreprise par "process". Honte aux dirigeants politiques et aux médias qui consentent ainsi à notre colonisation culturelle et mentale.

  • Daniel078

    le

    Il aurait été souhaitable de rappeler que les établissements publics doivent employer les mots français officiels dans leurs communications, comme cela est mentionné à l'article 11 du décret n° 96-602 du 3 juillet 1996. Ainsi, beaucoup d'anglicismes employés dans les intitulés de diplômes universitaires sont illégaux, et doivent être remplacés par leurs équivalents français officiels. Ainsi, les mots « big data », « blockchain », « data science », « deep learning », « machine learning », « marketing » et « supply chain » doivent être remplacés par « mégadonnées », « chaîne de blocs », « science des données », « apprentissage profond », « apprentissage automatique », « mercatique » et « chaîne logistique ». Les établissements publics suivants sont déjà poursuivis en justice auprès des tribunaux compétents pour cette violation de la loi : Université Toulouse Capitole École polytechnique, Université de Lille, Université Bretagne Sud, Université Lyon 2. Beaucoup d'autres vont suivre. La même remarque s'applique aux entreprises, qu'elles soient publiques ou privées : les anglicismes y sont interdits, comme le mentionne le Code du travail : « Tout document comportant des obligations pour le salarié ou des renseignements nécessaires à l’exécution de son travail doit être rédigé en français [c'est-à-dire sans termes étrangers, qui ne sont pas censés être compris des salariés français]. » GEMS, Nextiraone, Europ Assistance et Danone ont été condamnées pour cela.

  • Anonyme

    le

    Peut-être faudrait-il que nos dirigeants, et surtout le président, grand consommateur de franglais, donnent l'exemple.

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