«Ordinateur», «seul-en-scène»... La revanche du français sur l’anglais
Par Romain Ferrier
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Quelques mots bien français ont su tenir tête à leurs rivaux anglo-saxons, et s’imposer durablement dans notre quotidien.
Passer la publicité Passer la publicitéLe français capitulerait-il sans combattre face à l’anglais ? Les «meetings», «smartphones» et autres «startups» semblent avoir envahi nos conversations. Pourtant, la langue française résiste malgré tout, comme en témoignent certains vocables présents dans notre quotidien. Car si les anglicismes prolifèrent dans certains secteurs, comme la finance, les jeux-vidéo ou les nouvelles technologies, il existe des mots français qui ont su, contre toute attente, déloger leurs concurrents anglo-saxons. Tour d’horizon.
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«Ordinateur», et non «computer»
C’est l’une des plus belles réussites de la langue française du XXe siècle. En 1955, alors qu’IBM s’apprête à lancer sa première machine commerciale sur le marché français, la firme américaine sollicite Jacques Perret, éminent latiniste et professeur de philologie à la Sorbonne, pour trouver un nom français à cet engin encore mystérieux. Le savant propose «ordinateur», du latin «ordinator», celui qui met de l’ordre, qui organise. Le mot est adopté, et marque une exception française, les pays anglophones, hispanophone, germanophone et italophone ayant choisi «computer» (ou un dérivé). Le terme «ordinateur» n’a d’ailleurs jamais été concurrencé sérieusement en France.
«Seul-en-scène», et non «one-man-show»
Le «one-man-show» a longtemps régné en maître dans les pages des journaux (y compris au Figaro) et les programmes des salles de spectacle. Pourtant, depuis une quinzaine d’années, une expression française a entrepris de le détrôner : le «seul-en-scène». Née dans le milieu théâtral, cette formule a le mérite d’être explicite puisqu’elle s’applique indifféremment à un homme ou à une femme, là où le «one-man-show» inclut lexicalement que les hommes.
Le ministère de la Culture a officiellement recommandé son usage, et les journalistes du monde de la scène l’ont progressivement adopté. On le retrouve désormais dans les programmes du Festival d’Avignon, dans les critiques des grands quotidiens ainsi que dans les dossiers de subvention des compagnies. La bataille n’est pas tout à fait gagnée, «one-man-show» persistant toujours dans le langage courant, mais le mouvement est enclenché.
«Logiciel», et non «software»
Créé en 1973 par Philippe Renard, ingénieur à la Délégation générale à l’informatique, le mot «logiciel» est l’un des exemples les plus cités lorsqu’il s’agit d’évoquer les néologismes français efficaces. Construit sur «logique» et le suffixe «-iel», calqué sur «matériel», ce terme a non seulement supplanté «software» en France, mais a aussi été adopté par l’ensemble de la francophonie.
La loi Toubon de 1994, qui impose l’usage du français dans les communications officielles et les documents professionnels, a consolidé son implantation. Aujourd’hui, peu de personnes usent du mot «software» dans une conversation, à l’exception peut-être des programmeurs et informaticiens, qui l’emploient comme sociolectes.
«Mondialisation», et non «globalisation»
Le débat a agité les rédactions et les salles de classe pendant de nombreuses années. «Globalisation» ou «mondialisation» ? Le «phénomène d’ouverture des économies nationales sur un marché mondial» (Le Robert) s’est d’abord aligné sur la terminologie internationale, à savoir l’anglais «globalization», avant d’adopter une version francisée.
Passer la publicitéLe français a finalement tranché en faveur de «mondialisation», et les institutions françaises, les économistes, les géographes et les journalistes ont progressivement adopté ce terme dans leur vocabulaire. Aujourd’hui, «globalisation» est d’ailleurs perçu en France comme un anglicisme évitable.
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«Abonné», et non «subscriber»
Alors que les plateformes numériques américaines envahissent notre quotidien, la tentation était grande de laisser entrer «subscriber» dans le vocabulaire courant. YouTube, Netflix, Spotify parlent de «subscribers», mais leurs interfaces françaises se sont rapidement adaptées pour proposer le terme «abonnés». Il désigne ainsi une personne qui «possède un abonnement» (Le Robert), ou une personne qui suit sur les plateformes numériques une autre personne, un média, un influenceur etc. Selon Le Littré, «abonné» vient du bas latin «abonare» signifiant étymologiquement «mettre des bornes». Un mot des plus appropriés face à la langue de Shakespeare, qui ne cesse de dépasser lesdites bornes.
