Dans les pas d’Auguste Renoir à la Maison Fournaise, le décor du célèbre «Déjeuner des Canotiers»
Après vingt ans d’absence, Le Déjeuner des Canotiers, toile mythique de Renoir, est de retour à Paris, au musée d’Orsay. L’occasion de partir à la découverte de la Maison Fournaise, le lieu où il a été peint, et de goûter au menu hommage imaginé par le chef Christian Le Squer.
Passer la publicité Passer la publicitéEntrer dans un tableau… Voilà un rêve, sans aucun doute, universel. Ce rêve peut devenir réalité. Nul besoin de formule magique ou de substances hallucinogènes. Il suffit de prendre le RER A, de descendre à Rueil-Malmaison puis de marcher 12 minutes ou d’entrer dans son GPS, 3, rue du Bac, île des Impressionnistes, à Chatou, soit l’adresse de la Maison Fournaise. C’est, en effet, sur l’un des balcons surplombant la Seine de cette Maison, qu’a été peint, en 1880, Le Déjeuner des Canotiers, l’une des œuvres les plus connues d’Auguste Renoir – ce dernier ayant réalisé une dizaine d’autres toiles dans ce cadre.
Le temps semble s’être arrêté entre ces murs. Et, on ne serait pas surpris de voir apparaître également Monet, Degas, Pissarro, Sisley, Morisot, Caillebotte… qui ont fréquenté ce lieu ouvert en 1857 par Alphonse Fournaise, charpentier et loueur de canots. D’abord restaurant puis hôtel-restaurant, cet endroit bucolique devint vite incontournable. On se pressait sur la ligne de train Paris–Chatou fraîchement inaugurée pour venir déguster au bord de l’eau, fritures de la Seine, volailles rôties, soupes au lard… Des plats simples et généreux qui ont inspiré, près d’un siècle et demi plus tard, le chef Christian Le Squer. Alors que l’on peut admirer Le Déjeuner des Canotiers (aujourd’hui propriété de la Phillips Collection de Washington, et qui n’avait pas été montré à Paris depuis 20 ans), à l’occasion de l’exposition « Renoir et l’amour : la modernité heureuse (1865–1885) » au musée d’Orsay, jusqu’au 19 juillet, celui qui orchestre désormais les fourneaux de la Maison Fournaise a souhaité rendre hommage à son histoire et à ses assiettes qui firent courir tant d’amateurs de bonne chère.
Il a créé un menu « Déjeuner des Canotiers », inspiré à la fois par la peinture et par les origines de cette table, qui fit la part belle aux produits locaux. En entrée, petite friture d’éperlans, palette des canotiers mariant rémoulade de céleris, hareng fumé, multicolore de betterave et radis ou chiffonnade de jambon de paris ne sont pas sans évoquer l’esprit guinguette. Pour les plats, le chef a misé sur de beaux classiques : quenelle de sandre gratinée sauce écrevisses ou poularde et légumes du pot-au-feu sauce légèrement crémée. Poire au vin glace vanille ou faisselle de fromage blanc, cerises amaretto, amandes grillées concluent ce repas qui a quelque chose d’un voyage dans le temps, et dans l’art.
L’initiative n’est pas seulement originale et un brin nostalgique : elle marque également une renaissance. Car la Maison Fournaise aurait pu disparaître. Fermée au début du XXe siècle, elle a longtemps été abandonnée, oubliée. C’est son classement aux Monuments Historiques et la reprise en 2022 par le groupe Ludéric qui vont la sauver. Elle a ainsi fait l’objet d’une rénovation profonde afin de renouer avec son identité, et de remettre à jour ses liens avec l’Impressionnisme. Un détour au Musée Fournaise, dans les étages, s’impose d’ailleurs : on y découvre tableaux et documents sur la famille Fournaise, le canotage… Une clé d’entrée unique dans l’univers d’Auguste Renoir.
Maison Fournaise , 3, rue du Bac, Île des Impressionnistes, 78400 Chatou.
