VOOZH about

URL: https://madame.lefigaro.fr/cuisine/actu-cuisine/hugo-roellinger-chef-etoile-au-lycee-mon-pere-m-a-menace-si-je-ne-me-reprenais-pas-il-allait-me-faire-travailler-en-cuisine-la-pire-des-punitions-20251221

⇱ Hugo Roellinger, chef étoilé : «Au lycée, mon père m’a menacé : si je ne me reprenais pas, il allait me faire travailler en cuisine. La pire des punitions !»


Aller au contenu
Passer la publicité Passer la publicité

Hugo Roellinger, chef étoilé : «Au lycée, mon père m’a menacé : si je ne me reprenais pas, il allait me faire travailler en cuisine. La pire des punitions !»

Par Vanessa Zocchetti

Ajouter Madame Figaro
à vos sources préférées
👁 Les Adresses de Philippine, saison 3 - épisode 1 : Paris-New-York chez Temple et Chapon

Le chef triplement étoilé tient la barre du Coquillage, près de Cancale, et cultive un lien unique avec l’océan, la nature et les astres. Escale chez un cuisinier hors du commun, qui fait émerger dans l’assiette un flot d’émotions.

Passer la publicité Passer la publicité

Il a le regard qui file vers l’horizon. Hugo Roellinger, chef du Coquillage, triplement étoilé depuis mars dernier, et, plus largement, des Maisons de Bricourt – restaurants et hôtel – qui, comme des perles, parent Cancale et ses environs, garde toujours un œil sur les marées. Celles-ci reconstruisent en permanence le paysage de la baie du Mont-Saint-Michel, qui borde les jardins du Château Richeux, majestueuse villa des années 1920 qui abrite sa table gastronomique, ainsi que onze chambres et deux suites labellisées Relais & Châteaux. Mais ce n’est pas uniquement depuis les fenêtres de cette bâtisse à tourelles que l’on peut admirer la Manche. Depuis son Potager celtique, son Champ du vent, son Jardin de fleurs, ses vergers, ses prairies qui nourrissent sa cuisine, on contemple le va-et-vient des vagues, leur fusion avec le ciel…

L’esprit d’Hugo Roellinger peut ainsi plonger sans cesse dans cette étendue azur contrôlée par la fascinante force des astres. « Les vignerons de Champagne m’ont raconté qu’ils sentaient, eux aussi, le pouvoir des astres sur leurs terres, qui montent et descendent comme les marées », explique-t-il. C’est cette puissance naturelle qu’il traduit dans un menu en douze plats aux intitulés à la fois mystérieux et plein de promesses – Eau de vie, Regarde le soleil, Lisière… –, fluctuant au gré de ses humeurs, des saisons, des produits. Il propose ainsi une traversée depuis sa terre bretonne jusqu’à son imaginaire, où voguent en parfaite harmonie souvenirs d’une enfance passée à jouer dans l’estran et voyages aux longs cours ; liens avec son père, le chef Olivier Roellinger, à l’origine du lieu, et goût de la liberté ; échos du vent que l’on dompte sur un kitesurf et plaisir de plonger son visage dans l’eau salée… Voyage en cinq escales avec le capitaine d’un magnifique navire.

Le chef Hugo Roellinger. Franck Hamel
Passer la publicité

Avis de tempête

« J’ai eu la chance de grandir ici. La grève a été mon terrain de jeu quand j’étais enfant. Un peu plus grand, j’ai appris à ramer sur une barque. Puis il y a eu la voile et le kitesurf. J’étais un bon élève, mais, au lycée, j’ai fait partie des premiers à pratiquer cette discipline et ça m’a emporté. J’ai séché les cours parce que je ne pensais qu’à ça… Jusqu’à ce que je me fasse virer. Mon père m’a menacé : si je ne me reprenais pas, il allait me faire travailler en cuisine. La pire des punitions ! »

À lire aussi À table : «Il est temps que les Français se réveillent et se rappellent que le repas est un moment de communion fondamental»

Prendre la mer

« Pour éviter la cuisine, j’ai emprunté la filière de la marine marchande. Cela avait tout pour me plaire. J’allais quitter ma vie de terrien, traverser des tempêtes, connaître l’ivresse des ports, me plonger dans les histoires que racontait mon père dans sa cuisine où les épices avaient tant de place – c’était un précurseur en la matière. J’ai vécu tout ça. Mais, sur l’eau, on a aussi le temps de réfléchir. Pendant cette période, j’ai compris que j’avais besoin d’exprimer ma sensibilité. Je n’étais pas musicien, je ne savais ni dessiner ni écrire… La cuisine s’est alors imposée comme un moyen de partager mes émotions, d’être créatif. J’y voyais aussi une façon de mettre en lumière la beauté de la mer et de participer à sa protection. »

Je ne suis pas anti-viande et je prône la polyculture. Mais savoir que l’on jetait la chair de quatre poules pour faire 25 litres de bouillon m’était devenu insupportable

Hugo Roellinger

S’ancrer

« De retour à terre, j’ai fait un CAP cuisine et, en 2014, j’ai intégré Le Coquillage. Cependant, je me sens autodidacte, comme mon père. Cela a des avantages. En ne maîtrisant pas toujours la technique de façon experte, j’emprunte d’autres voies, et cela permet de développer une identité. La mienne se construit autour de l’envie d’amener le produit le plus frais à son apogée, de porter l’énergie du vivant dans l’assiette. La mer et sa symbolique sont aussi présentes. Cela passe par le liquide. Quand on verse un liquide, on cherche la position horizontale, celle de l’horizon, celle qui relie les hommes, les produits entre eux, qui met tout au même niveau. »

Depuis le Château Richeux, dans la baie du Mont-Saint-Michel, le chef Hugo Roellinger a repris, avec son épouse, Marine, les Maisons de Bricourt, que ses parents ont commencé à bâtir il y a plus de quarante ans. Désormais au firmament de la reconnaissance du Michelin, la table de celui qui a aussi été nommé chef de l’année par ses pairs en septembre (vingt ans après son père) propose une cuisine très personnelle, tournée vers la mer et les produits locaux, notamment ceux issus des jardins, potagers et vergers de l’établissement. Franck Hamel

Vagues à l’âme

« Le liquide illustre ma façon de cuisiner. J’ai deux grandes bases. D’abord, mon Eau marine, une infusion à froid de 24 heures de cinq algues, que j’intègre à des préparations froides, comme les vinaigrettes. C’est un support de parfums. Je réalise aussi une infusion de légumes et d’algues. Le résultat est presque fade, très loin d’un dashi japonais corsé, mais c’est une colonne vertébrale, j’y vois le goût de l’infini. Je l’intègre, par exemple, à mes sauces. Cette façon de faire découle de mon choix d’arrêter d’utiliser viandes et volailles en 2017. Je ne suis pas anti-viande et je prône la polyculture. Mais savoir que l’on jetait la chair de quatre poules pour faire 25 litres de bouillon m’était devenu insupportable. »

À lire aussi Le goût de la démesure, ou comment un père et un fils font briller à nouveau l’idée du banquet à la française

Plages de silence

« Cette Eau marine entrait dans la composition d’un plat nommé L’Estran qui me semblait réveiller des sensations préhistoriques devant lesquelles nous sommes tous égaux, comme immerger sa tête dans la mer. Pour moi, ce plat avait le goût du silence de la mer. Le silence, d’ailleurs, peut être de mise lors d’un repas au Coquillage. Certains plats l’appellent. Mais il n’est pas monacal, il est joyeux, et c’est beau. Cela fait partie du tempo du menu, qui ne va pas crescendo, mais qui est comme une partition avec des sinuosités et des silences. »

Le chef Hugo Roellinger et son épouse Marine. Franck Hamel
Passer la publicité

Dans le même bateau

« Tout cela ne serait rien sans la notion de collectif. Quand on pousse la porte d’un lieu où tout le monde est content, engagé, cela se sent. On rentre chez soi et on se dit qu’il s’est passé quelque chose d’extraordinaire. Ce n’est pas seulement l’expérience du repas qui compte, c’est aussi cette magie du moment. Ce sens du collectif vient peut-être du fait que nous avançons en famille : mes parents, qui ont construit ce lieu, ma sœur, Mathilde, qui développe les Épices Roellinger, et ma femme, Marine, qui, à mes côtés, gère toute l’hospitalité. Nous n’y arriverions pas l’un sans l’autre. »

Le Coquillage, Le Buot, 35350 Saint-Méloir-des-Ondes. maisons-de-bricourt.com

La rédaction vous conseille

Hugo Roellinger, chef étoilé : «Au lycée, mon père m’a menacé : si je ne me reprenais pas, il allait me faire travailler en cuisine. La pire des punitions !»

S'ABONNER

Sauvegarder un article

Pour sauvegarder un article vous devez être connecté, vous pourrez ainsi les consulter sur tous vos appareils.

S'abonner
Passer la publicité Passer la publicité
2 commentaires
  • vivelaraison

    le

    Il y a , malheureusement, beaucoup de parents, ayant un métier "manuel" mais hautement revalorisant quand on a la vocation, tiennent ce discours rédhibitoire envers leurs enfants. C'est un des raisons de la faible transmission de ces métiers. Ils préfèrent que les enfants font des études (par milliers) qui sont surcôtés et mènent au chômage ou à l'ennui (donc l'anglicisme "outbore"). Dommage.

  • YANN DE KERGOS

    le

    J’avoue avoir beaucoup aimé du temps de son père et même de lui jusqu’à un certain temps mais maintenant je suis largué…Défilé d’amuse-bouche aux nom poétiques abscons sans comprendre de quoi il s’agit, ce n’est pas (plus) pour moi…Sans doute une question de génération car mon gendre adore…Je suis réaliste !

Passer la publicité

Sur le même thème

  1. Recette : le croque-monsieur maison du dimanche soir

    Réconfortante, simple à réaliser et idéale pour lutter contre le blues du dimanche soir, cette recette de croque-monsieur maison se prépare avec peu d’ingrédients mais garantit un résultat dont la simplicité gourmande fait tout le charme.

Plus de services
Vous avez choisi de refuser les cookies
Et pourtant, la publicité personnalisée est un moyen de soutenir le travail de notre rédaction qui s’engage à vous proposer chaque jour une information de qualité. En acceptant les cookies, vous pourrez accéder aux contenus et fonctionnalités gratuites que propose notre site.

À tout moment, vous pouvez modifier vos choix via le bouton “paramétrer les cookies” en bas de page.

ou Refuser et s'abonner